L'ancien nom de l'île Maurice : de l'Isle de France à aujourd'hui
Avant d'être Maurice, l'île a porté deux autres noms — et tu marches encore dessus sans le savoir. Je te raconte l'histoire des trois baptêmes de mon île, et où en retrouver les traces.

Un soir, sur la plage de Mont Choisy, un pote français m'a lancé : « Attends, Maurice ça s'est jamais appelé autrement ? » J'ai souri, parce que c'est la question que tout le monde finit par poser une fois installé ici. Et la réponse est bien plus belle qu'un simple nom. Mon île a été baptisée trois fois. Trois noms, trois drapeaux, trois manières de raconter la même terre volcanique posée au milieu de l'océan Indien. Et le plus fou, c'est que tu marches encore tous les jours sur ces trois histoires sans t'en rendre compte. Alors installe-toi, je te raconte ça comme on le fait ici, le soir, un verre à la main.
Mauritius : le baptême hollandais (1598)
Avant les Hollandais, l'île n'avait pas vraiment de nom fixe. Les navigateurs arabes puis les Portugais l'avaient croisée, cartographiée, parfois nommée au passage, mais personne ne s'y était installé. C'était un caillou couvert de forêt, peuplé d'oiseaux qui ne connaissaient pas la peur des hommes — dont un certain dodo, dont on reparlera un autre soir.
En 1598, une flotte hollandaise débarque et décide que cette terre mérite un nom digne de ce nom. Ils la baptisent Mauritius, en hommage au prince Maurice de Nassau, stathouder de la République des Provinces-Unies, la grande figure politique et militaire des Pays-Bas de l'époque. Voilà. Le tout premier nom officiel de mon île, c'est déjà « Maurice », mais en latin, et en l'honneur d'un prince néerlandais que la plupart des visiteurs d'aujourd'hui ne connaissent pas.
Les Hollandais s'installent pour de bon un peu plus tard, exploitent l'ébène à tour de bras, introduisent la canne à sucre et les cerfs de Java — que tu croises encore aujourd'hui dans les chasses du Sud. Mais l'aventure hollandaise tourne court. Le climat, les cyclones, les rats, les pirates, l'isolement : la vie ici est rude pour ces colons. En 1710, ils plient bagage et abandonnent l'île. Elle reste déserte, ou presque, pendant cinq ans. Un entre-deux silencieux avant le chapitre suivant.
Ce qu'il te reste des Hollandais
Franchement, pas grand-chose de visible côté toponymie, et c'est normal : ils sont partis tôt. Mais le nom du pays d'aujourd'hui, « Mauritius » en anglais, « Maurice » en français, vient directement d'eux. Chaque fois que tu tamponnes ton passeport à l'aéroport MRU, tu portes encore l'hommage de 1598 à un prince de Nassau. Pas mal pour un nom vieux de plus de quatre siècles.
Isle de France : quand mon île parlait français (1715)
Cinq ans après le départ des Hollandais, ce sont les Français qui débarquent. Le 20 septembre 1715, le capitaine Guillaume Dufresne d'Arsel prend officiellement possession de l'île au nom du roi de France. Il arrive depuis l'île Bourbon, l'actuelle Réunion, la voisine que les Français tenaient déjà. Et d'un geste, il rebaptise ce caillou : ce sera désormais l'Isle de France.
C'est, à mon sens, la période qui a le plus façonné l'âme de mon île. Pas juste un nom sur une carte : une langue, une cuisine, une architecture, des noms de familles, un créole à base française qu'on parle encore dans chaque cour d'ici. La grande figure de cette époque, c'est Mahé de La Bourdonnais, gouverneur bâtisseur qui a fait de l'Isle de France une vraie base navale et commerciale au cœur de l'océan Indien. C'est lui qui a lancé la ville qui allait devenir la capitale. Cette période française reste, historiquement, l'âge d'or économique de l'île, son point d'ancrage stratégique entre l'Europe, l'Afrique et l'Asie.
Les traces françaises, tu les vois partout
Là, on ne parle plus d'un vague héritage : l'Isle de France est gravée dans la carte que tu utilises tous les jours.
- Port-Louis, la capitale, porte le nom du roi Louis XV. Tu te balades dans une ville au nom français depuis le XVIIIe siècle, même si les enseignes autour de toi sont en anglais.
- Mahébourg, dans le Sud-Est, doit son nom à Mahé de La Bourdonnais. Une petite ville tranquille, marché du lundi, front de mer, que je te recommande à mort pour sentir le vrai rythme mauricien loin des resorts.
- Grand Baie, le grand village animé du Nord, garde son nom français jusque dans son orthographe — pas « Big Bay », bien « Grand Baie ».
- Et puis tous ces noms de lieux que tu vas croiser : Curepipe, Flic en Flac, Beau Bassin, Quatre Bornes, Trou aux Biches. Français, français, français.
Même les gares et les vieilles routes du Nord, les noms de domaines sucriers, les toponymes des champs de canne : c'est l'Isle de France qui a posé le vocabulaire. Quand tu roules du Nord vers Port-Louis en longeant les cannaies, tu circules littéralement dans une géographie nommée par les Français il y a trois siècles. Validé, ça, comme voyage dans le temps sans musée.
Retour à Mauritius : l'arrivée des Britanniques (1810)
Fin de l'histoire française ? Oui et non. En 1810, en pleine guerre napoléonienne, les Britanniques débarquent en force. Ils avaient d'abord goûté à une belle claque à la bataille de Grand Port, l'une des rares victoires navales françaises inscrites sur l'Arc de Triomphe à Paris — les Mauriciens adorent rappeler celle-là. Mais les Anglais reviennent par le Nord, débarquent du côté de Cap Malheureux, et cette fois l'Isle de France tombe.
La prise est confirmée officiellement par le traité de Paris en 1814. Et les Britanniques font un choix qui explique beaucoup de choses aujourd'hui : ils reprennent le nom d'origine. Exit l'Isle de France, retour à Mauritius. Le nom hollandais de 1598 ressort du placard, en version anglaise cette fois.
Mais — et c'est là toute la subtilité de mon île — le traité laisse aux colons français le droit de garder leurs terres, leur langue, leur religion et leurs lois civiles. Résultat : les Anglais ont changé le nom et le drapeau, mais pas l'âme. Le pays roule à gauche à l'anglaise, parle anglais dans l'administration, mais vit, cuisine, prie et rigole en français et en créole. C'est exactement pour ça que tu te sens si vite chez toi ici quand tu débarques de France.
« Alors, Maurice, c'est français ou pas ? »
C'est la question qui découle naturellement de toute cette histoire, et je l'entends chaque semaine. La réponse courte : non, Maurice n'est pas française. Le pays est indépendant depuis 1968 et est une république depuis 1992. Ne confonds pas avec la Réunion, l'ancienne île Bourbon voisine, qui, elle, est bien un département français.
La réponse longue, c'est tout ce qu'on vient de se raconter : Maurice a été française pendant près d'un siècle, de 1715 à 1810, et cet héritage n'est jamais parti. La langue, les noms de lieux, la cuisine, l'accueil : c'est un pays profondément marqué par la France, mais souverain. D'ailleurs, ça se ressent concrètement quand tu prépares ton séjour.
Bonne nouvelle pour les voyageurs français et européens : pas de visa à demander à l'avance. En tant que ressortissant de l'Union européenne, tu entres sans visa et tu peux rester jusqu'à six mois (180 jours) par année civile, sur simple présentation à l'arrivée à l'aéroport MRU d'un passeport valide, d'un billet retour et d'un justificatif d'hébergement. Rien à voir avec un couperet à 90 jours : ici, tu as vraiment le temps de prendre racine et d'appréhender la mentalité locale. (Pense quand même à vérifier les conditions d'entrée à jour avant de partir, elles peuvent évoluer.)
Où dormir pour vivre cette histoire, pas juste la lire
Si tu veux vraiment ressentir cet héritage franco-mauricien, mon conseil de passeur : loge dans le Nord, du côté de Pointe aux Canonniers et de Grand Baie. C'est là que la mémoire française du lieu est la plus vivante, entre les noms de villages, le lagon et les vieilles routes coloniales. Et justement, l'adresse que je refile à ceux que j'aime bien, c'est le boutique-hôtel lemandalamoris, à Pointe aux Canonniers, avec ses appartements sur le Domaine de Grand Baie. Ambiance intime, accueil francophone, pieds dans le Nord animé mais au calme : c'est exactement le genre de base d'où tu pars le matin explorer Mahébourg, Port-Louis ou les gares du Nord, et où tu rentres le soir te poser sans avoir l'impression d'être dans un resort-usine. Validé, pour de vrai.
Le petit itinéraire mémoire, si le sujet te branche
- Port-Louis : le marché central, l'Aapravasi Ghat, le Champ de Mars. La capitale au nom de roi français, cœur battant du pays.
- Mahébourg : le musée naval, le front de mer, le marché du lundi. La ville de Mahé de La Bourdonnais, côté Sud-Est authentique.
- Cap Malheureux et le Nord : la petite église au toit rouge, les plages où l'histoire a basculé en 1810. À deux pas de Grand Baie.
Trois noms, une seule île
Voilà toute l'histoire, du prince de Nassau aux Anglais qui ressortent son nom du placard. Mauritius des Hollandais en 1598, Isle de France des Français en 1715, retour à Mauritius sous les Britanniques en 1810. Trois baptêmes pour une même terre, et le plus beau, c'est que tu n'as pas besoin d'un livre d'histoire pour les retrouver : ils sont écrits sur les panneaux de route, sur les devantures de Port-Louis, dans le créole du marché de Mahébourg. Mon île porte ses trois noms comme des couches de peinture qui transparaissent les unes sous les autres. Et une fois que tu le sais, tu ne regardes plus jamais une carte de Maurice de la même façon. Prends ton billet, viens vérifier par toi-même — je te garde une place à l'apéro.