Bois Chéri et la route du thé : une demi-journée dans les hauteurs du sud
La plus vieille plantation de thé de l'île, une usine qui tourne encore, un chalet perché sur un cratère. Voilà comment j'organise une demi-journée à Bois Chéri sans me faire avoir.

Tu montes dans le sud, tu quittes la chaleur poisseuse de la côte, et d'un coup l'air change. Plus frais, plus vert, un peu brumeux. C'est là, dans les hauteurs autour de Grand Bassin, que s'étalent les plantations de thé de Bois Chéri. Franchement, c'est un des rares trucs « touristiques » de l'île que je continue à faire avec plaisir, même après des années ici. Pas parce que c'est spectaculaire, mais parce que c'est vrai : une usine qui tourne pour de bon, une histoire qui remonte à 1892, et une vue sur le sud qui te scotche si tu tombes sur un jour dégagé. Je te raconte comment je m'y prends, et surtout ce qu'on te survend un peu.
Ce que c'est vraiment, Bois Chéri
Bois Chéri, c'est la plus ancienne plantation de thé de l'île, avec une culture qui a démarré en 1892 (source : Wikipédia, Route du Thé). Et ce n'est pas un décor : le domaine produit aujourd'hui plus de la moitié du thé mauricien. On est en altitude, autour de 500 mètres (source : Wikipédia), ce qui explique la fraîcheur et cette lumière un peu voilée qui donne aux champs un côté presque écossais version tropicale.
La visite s'articule en trois temps. D'abord la plantation, où on te montre la cueillette. Ensuite l'usine, toujours en activité, où tu suis les feuilles du flétrissage à la fermentation, puis au séchage, au tamisage et à l'emballage (source : Tropicalement Vôtre). C'est le moment que je préfère : l'odeur, le bruit des vieilles machines, les gars qui bossent pendant que tu passes. Enfin le musée, avec ses machines anciennes, ses services à thé centenaires et quelques tableaux. Sympa, mais court : ne viens pas pour le musée, viens pour l'usine et la dégustation.
Le chalet, la dégustation et la vue
À environ un kilomètre de l'usine, il y a le chalet, perché en surplomb d'un lac de cratère volcanique (source : Tropicalement Vôtre, Wikipédia). C'est là que se joue la dégustation, et c'est là que le lieu prend tout son sens. Tu goûtes différentes déclinaisons maison : vanille, menthe, bergamote, thé vert au jasmin, et des thés glacés (source : Wikipédia). Le thé vanille, c'est la signature de la maison, celui que tout le monde ramène.
La vue depuis la terrasse plonge sur les vallées de thé et, par temps clair, file jusqu'à la côte sud. Le domaine propose aussi une formule appelée Zistwar Dité qui combine la dégustation au chalet avec un déjeuner où le thé sert d'ingrédient dans les plats (source : Groupe Saint Aubin). Bon à savoir : la vue dépend énormément de la météo des hauteurs, souvent capricieuse. J'y suis allé un jour de crachin, on ne voyait pas à cinquante mètres. Ça arrive. Ne planifie pas ta journée entière autour de ce panorama.
La route du thé : les trois domaines
Bois Chéri n'est qu'un maillon de ce qu'on appelle la route du thé, un itinéraire qui relie les hauteurs de Curepipe à la côte de Souillac en enchaînant trois domaines (source : Groupe Saint Aubin, Wikipédia).
- Le Domaine des Aubineaux, à Forest Side près de Curepipe : une résidence coloniale de 1872, première maison de Curepipe à avoir eu l'électricité en 1886, aujourd'hui transformée en petit musée avec un atelier de distillation d'huiles essentielles et un parc aux arbres à camphre (source : Wikipédia).
- Bois Chéri, le cœur de la route, dont je viens de te parler.
- Le Domaine de Saint-Aubin, près de Rivière des Anguilles : une maison coloniale dont la sucrerie remonte à 1819, avec une distillerie de rhum agricole (Saint-Aubin 1819), une maison de la vanille et un jardin d'épices (source : Wikipédia).
Faire les trois d'affilée, c'est une journée bien remplie, plutôt six à huit heures avec les pauses et le déjeuner. Honnêtement, à mon avis, c'est trop pour la plupart des gens : tu enchaînes les visites guidées, tu passes plus de temps en voiture qu'à profiter. Si l'histoire coloniale et la distillation t'intéressent vraiment, fais les trois. Sinon, garde Bois Chéri et pousse plutôt vers autre chose l'après-midi. D'ailleurs, si c'est le rhum qui t'attire, je te trouve la rhumerie de Chamarel plus complète et plus généreuse en dégustation.
Comment y aller et quand
Bois Chéri est dans le sud, dans les terres, sur la route qui monte vers Grand Bassin. En voiture de location, c'est le plus simple : les routes des hauteurs sont correctes mais sinueuses, roule tranquille, il y a souvent de la brume. Le domaine est ouvert tous les jours, généralement de 9h à 17h d'après les sites de visite (source : Mauritius Travel, Tropicalement Vôtre), mais les horaires bougent selon la saison et les jours fériés : vérifie sur le site officiel du groupe Saint Aubin ou appelle avant de monter, ça t'évitera de faire la route pour rien.
Côté budget, plusieurs sites annoncent une visite usine + musée autour de 650 roupies, et une formule avec déjeuner nettement plus chère (source : Mauritius Travel). Je te donne ces ordres de grandeur avec des pincettes : les tarifs des domaines changent régulièrement, confirme le prix du jour à la billetterie ou par téléphone. Le mieux, c'est d'arriver le matin, quand la lumière est belle et l'usine en pleine activité.
Le conseil d'habitant
Vise le matin, tôt. La brume se lève souvent en fin de matinée, l'usine tourne à plein, et tu évites les cars qui débarquent en milieu de journée. Combine ta visite avec la descente vers le sud sauvage : après Bois Chéri, tu n'es pas loin de Gris-Gris et des falaises de Souillac, et le contraste entre les hauteurs de thé et l'océan qui cogne en bas vaut le détour. Autre binôme qui marche bien : Bois Chéri le matin, puis la terre des sept couleurs de Chamarel l'après-midi si tu ne crains pas la route.
Et prends le temps de goûter les thés au chalet avant d'acheter. Le thé vanille est excellent, mais certaines déclinaisons parfumées sont très sucrées à mon goût. Un paquet ou deux de la maison, ça fait un souvenir à rapporter bien plus honnête qu'un aimant de frigo. Pense aussi à emporter une gourde : au chalet on te sert du thé, mais dans les champs il fait plus chaud qu'on ne croit.
La note honnête
Bois Chéri, ce n'est pas une attraction à sensations. C'est calme, c'est agricole, c'est une vraie usine avec ce que ça implique de moins « joli » qu'une brochure. Le musée est modeste, la boutique pousse forcément à la vente, et si la météo te joue un tour la fameuse vue disparaît. Mais tu repars avec quelque chose de rare ici : la sensation d'avoir vu un savoir-faire réel, pas un décor monté pour toi. Pour une demi-journée dans les hauteurs, entre l'odeur du thé qui sèche et un thé chaud face au cratère, ça reste un des arrêts que je recommandé sans hésiter. Et si tu veux vraiment comprendre ce que boivent les Mauriciens au quotidien, jette aussi un œil à nos boissons locales, du thé à l'alouda.