Faune, flore & nature

Faune de l'île Maurice : geckos fluo, roussettes et pourquoi il n'y a aucun serpent à craindre

La question qui revient à chaque fois qu'on prépare ses valises : « y a-t-il des serpents ? » Je te réponds tranquille, puis je te fais le tour des vraies bestioles que tu vas croiser, du gecko fluo sur ta terrasse à la roussette au crépuscule.

L’habitant-passeur
Faune de l'île Maurice : geckos fluo, roussettes et pourquoi il n'y a aucun serpent à craindre

Il y a une question qui revient à chaque fois qu'un ami débarque, valise à peine posée sur la terrasse : « dis, y a des serpents ici ? » Et à chaque fois je souris, parce que je sais d'où ça vient. On imagine l'île tropicale, la jungle, forcément le danger qui rampe. Alors je vais te le dire une bonne fois, avec le calme de quelqu'un qui vit ici : non. Tu peux marcher pieds nus dans un jardin du nord, écarter les hautes herbes de la canne, faire une rando dans la Rivière Noire, tu ne tomberas sur aucun serpent venimeux. Il n'y en a pas. Zéro. Et pendant qu'on y est, aucun crapaud ni grenouille non plus : Maurice n'a pas d'amphibiens indigènes. C'est une île, elle s'est peuplée toute seule au fil des millénaires, et une bonne partie des bestioles qui font peur ailleurs ne sont jamais arrivées jusqu'ici.

Ça ne veut pas dire qu'il n'y a rien à observer. Au contraire. La faune mauricienne est petite, discrète, souvent superbe, et une fois que tu sais où regarder, elle est partout. Je te fais le tour de ce que tu vas vraiment croiser.

Pas de serpent venimeux, pas d'amphibien : la vérité tranquille

Commençons par tuer la peur. Sur l'île principale, il n'existe aucun serpent dangereux pour l'homme. Le seul mammifère terrestre réellement indigène de Maurice, c'est une chauve-souris : la roussette. Tout le reste des « grosses » bêtes que tu vois (mangoustes, cerfs, singes, rats) a été introduit par l'homme, volontairement ou par accident. L'île, à l'origine, était un royaume d'oiseaux, de reptiles et d'insectes. Pas de prédateur terrestre à crocs, pas de vipère planquée sous une pierre chaude.

Validé : tu peux ranger tes bottes anti-morsure et ta trouille. Le vrai « danger » de la brousse mauricienne, c'est le soleil sur la nuque et le manque d'eau dans ton sac. Sérieux.

Alors « pas de serpent du tout », est-ce exact au mot près ? Presque. Il existe bien un serpent rattaché à Maurice, mais il ne vit pas là où tu poses les pieds. J'y viens, parce que c'est une des plus belles histoires de conservation de l'océan Indien.

Le seul serpent : le boa de l'Île Ronde, inoffensif et introuvable chez toi

À une vingtaine de kilomètres au nord-est de l'île principale se dresse un caillou volcanique incliné, aride, battu par le vent : l'Île Ronde (Round Island). C'est un sanctuaire fermé, on n'y débarque pas en touriste. Et c'est là, et seulement là, que survit le boa keel-scaled (Casarea dussumieri), le fameux « boa de l'Île Ronde ».

Deux choses à retenir. D'abord, il est totalement inoffensif pour l'homme : c'est un petit constricteur qui chasse geckos et scinques, pas un danger pour toi. Ensuite, tu ne le croiseras jamais dans un jardin de Grand Baie ou de Flic en Flac, parce qu'il n'est pas présent sur l'île principale. Cet animal a un cousin, le boa fouisseur (Bolyeria multocarinata), qui lui a bel et bien disparu : le dernier individu a été aperçu en 1975 et l'espèce est aujourd'hui considérée éteinte. Le boa keel-scaled, lui, a tenu, et grâce au travail acharné de la Mauritian Wildlife Foundation, il fait partie des rescapés.

Petit détail que j'adore : ce boa change de couleur sur vingt-quatre heures. Sombre le jour, quand il dort, il s'éclaircit le soir venu, au moment où il devient actif. Une horloge vivante. Voilà ton « serpent de Maurice » : rarissime, protégé, invisible pour le vacancier, et pas plus menaçant qu'un lézard.

Les geckos Phelsuma : les vraies stars de ta terrasse

Maintenant, la bestiole que tu vas voir, garanti, dès le premier matin : le gecko diurne. Oublie le petit lézard beige qui court la nuit sur les murs. Les Phelsuma de Maurice sortent en plein jour et sont d'un vert émeraude à te faire lâcher ton café. Le plus répandu, celui que tu croiseras sur un tronc de bananier, une feuille de palmier ou carrément le rebord de ta fenêtre, c'est le gecko diurne à queue bleue (Phelsuma cepediana).

Le mâle est une petite merveille : corps vert clair à bleu-vert, semé de taches rouge sang, un dos d'un bleu intense et une queue encore plus bleue, d'où son nom. On dirait un bijou qui bouge. Il adore les jardins et les maisons de banlieue, se nourrit d'insectes et de nectar, et il n'a strictement aucune raison de te craindre au point de fuir. Reste immobile, il finit par s'approcher.

Mon conseil de passeur : laisse traîner une tranche de banane ou de papaye trop mûre sur un coin de table le matin. En dix minutes tu auras ta séance photo. Ne les attrape jamais, ne les nourris pas à la main tous les jours (ça les rend dépendants), mais profite. Ces geckos sont des pollinisateurs discrets et de vrais anti-moustiques ambulants. Chez moi, ils font partie du décor autant que le frangipanier.

La roussette au crépuscule : le seul mammifère du cru

Vers 18 h, quand le ciel vire à l'orange, lève la tête. Ces grandes formes qui traversent lentement le ciel, ce ne sont pas des oiseaux : ce sont des roussettes, les chauves-souris frugivores de Maurice. Je te l'ai dit, c'est le seul mammifère terrestre indigène de l'île. Une envergure impressionnante, une tête rousse qui lui vaut le surnom de « renard volant », et un vol paisible, presque solennel.

Elles sortent au crépuscule pour aller croquer les fruits (manguiers, badamiers, arbres du voyageur) et, ce faisant, elles pollinisent et dispersent les graines. Autrement dit, une partie des forêts mauriciennes tient debout grâce à elles. C'est un spectacle gratuit et magnifique que la plupart des touristes ratent parce qu'ils sont déjà à table. Toi, tu sauras : un verre à la main, sur la terrasse, à l'heure bleue, tu les regarderas défiler. Validé, et de loin mon moment préféré de la journée.

L'Île Ronde, l'arche aux reptiles rescapés

Revenons à ce caillou du nord-est, parce qu'il mérite mieux qu'une note de bas de page. L'Île Ronde est l'un des derniers écosystèmes au monde encore dominé par les reptiles, comme l'était Maurice avant l'arrivée de l'homme. On y trouve des espèces qu'on ne voit nulle part ailleurs sur la planète.

  • Le scinque de Telfair (Leiolopisma telfairii) : un gros lézard terrestre, uniquement présent sur l'Île Ronde, qui régule les populations d'insectes et joue un rôle clé dans l'équilibre de l'île.
  • Le gecko de Günther (Phelsuma guentheri) : un géant parmi les geckos, gris-brun pâle, qui peut atteindre jusqu'à 30 cm. À côté, ta petite star bleue de la terrasse fait figure de miniature.
  • Le boa keel-scaled, déjà croisé plus haut, ce serpent inoffensif à la mâchoire fendue et à la peau qui change de teinte au fil du jour.

Le plus beau, c'est l'histoire derrière. En retirant les chèvres et les lapins introduits qui rasaient la végétation, puis en restaurant les plantes indigènes, les équipes de conservation ont vu l'abondance des reptiles bondir de plus de 1000 %. Une île qu'on croyait condamnée est redevenue un joyau vivant. Tu ne pourras pas y aller, c'est réservé aux scientifiques, mais sache que ça existe, à portée de bateau, juste derrière l'horizon de tes vacances.

Le seul vrai « à éviter » : le poisson-lion dans le lagon

Si je dois te mettre en garde contre une bête, ce n'est pas sur terre, c'est sous l'eau. Le poisson-lion (la rascasse volante) est présent dans les lagons mauriciens et tu peux le rencontrer en masque-tuba ou en plongée. Il est magnifique, hypnotique même, avec ses longues nageoires en éventail et ses bandes rouge et blanc. Et il est venimeux. Ses épines injectent une toxine, la piqûre est très douloureuse.

La règle est simple et vaut pour tout le lagon : on regarde, on ne touche jamais. Ni le poisson-lion, ni les coquillages, ni le corail, ni les rochers. Traîne légèrement les pieds dans le sable pour prévenir les raies, et si le fond est rocailleux, mets des chaussons de bain. Fais gaffe aussi à son cousin bien plus dangereux, le poisson-pierre, camouflé en caillou dans les zones peu profondes. En restant à distance et en gardant les mains pour toi, tu n'auras jamais le moindre souci. À éviter absolument : mettre les doigts « juste pour voir ».

Ce que tu vas vraiment croiser dans un jardin du nord

Concrètement, à Grand Baie, Pointe aux Canonniers ou Péreybère, voici ta faune quotidienne : des geckos verts fluo sur les murs le matin, des tourterelles et des bulbuls dans les manguiers, des libellules au bord de la piscine, quelques crabes de terre qui filent dans leur trou au coucher du soleil, et les roussettes qui traversent le ciel à la tombée de la nuit. Peut-être un caméléon si tu as de la chance, quelques margouillats la nuit près des lampes. Rien qui morde, rien qui pique, rien qui empoisonne. Une nature douce, colorée, à hauteur de terrasse.

Et justement, pour vivre ça au quotidien plutôt que de l'apercevoir entre deux excursions, l'adresse que je refile toujours aux amis qui veulent se poser dans le nord, c'est lemandalamoris : le boutique-hôtel de Pointe aux Canonniers et les appartements du Domaine de Grand Baie. Des jardins où les geckos font partie des habitants, le lagon à deux pas pour ton snorkeling (chaussons dans le sac, on a dit), et l'heure bleue idéale pour guetter les roussettes, un verre à la main. C'est le genre de base tranquille depuis laquelle toute cette petite faune devient ton décor de tous les jours, pas une case à cocher.

En résumé, pour dormir tranquille

Maurice, c'est l'île où tu peux enfin lâcher la peur des serpents et des bêtes venimeuses de la terre ferme. Le seul serpent est un boa inoffensif que tu ne verras jamais, la vedette c'est un gecko couleur bijou, le seul mammifère du cru est une chauve-souris paisible, et le seul vrai piège se contourne d'un simple « je ne touche à rien » dans le lagon. Ouvre l'œil, ralentis, regarde ta terrasse et le ciel du soir : la faune mauricienne est timide, mais elle est là, et elle est belle. Profite.

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