Fiscalité de l'expatrié à l'île Maurice : ce qui a changé en 2025
La fameuse flat tax à 15 % a vécu : depuis juillet 2025, Maurice est passée à un barème progressif. On fait le point calme et à jour, sans te vendre le mirage du paradis fiscal.

Assieds-toi, on va parler d'argent. Pas pour te vendre du rêve, mais parce que c'est la première question que tout le monde me pose quand il débarque avec l'idée de poser ses valises ici : « C'est vrai qu'à Maurice on paie 15 % et basta ? » La réponse, en 2026, c'est : plus vraiment. Le décor a bougé en 2025, et je vois trop de gens raisonner encore avec les chiffres d'il y a dix ans. Alors je te fais le point, à jour, tel que je l'expliquerais à un pote autour d'un rhum arrangé sur la terrasse.
Prévenons tout de suite : je te donne le cadre général, pas ta feuille d'impôt. Chaque situation est un cas particulier (pension, actions, biens en France, statut du conjoint…), et pour ça il te faut un fiscaliste. Considère cet article comme la carte, pas le GPS.
Ce qui a changé : adieu la flat tax à 15 %
La légende du « 15 % pour tout le monde » vient de loin. Ce taux forfaitaire unique était en place depuis 2009 et c'est lui qui a bâti la réputation fiscale de l'île. Sauf qu'il n'existe plus sous cette forme. Le Finance Act 2025 l'a remplacé, à compter du 1er juillet 2025, par un barème progressif à trois tranches. On est passé d'un chiffre rond et sexy à quelque chose de plus classique.
Concrètement, voilà les tranches annuelles, exprimées en roupies mauriciennes (Rs) :
- 0 % sur les premiers 500 000 Rs de revenu imposable ;
- 10 % sur la tranche de 500 000 à 1 000 000 Rs ;
- 20 % au-delà de 1 000 000 Rs.
Pour te donner un ordre de grandeur en euros : au taux de change de la mi-2026, qui tourne autour de 53 à 55 roupies pour 1 euro (et qui bouge tout le temps, vérifie le jour J), ce seuil de 500 000 Rs représente grosso modo 9 000 à 9 400 euros de revenu exonéré, et la barre du million de roupies environ 18 000 à 18 700 euros. Traduction franche : si tu as des revenus modestes, tu peux payer moins qu'avant, puisqu'une première tranche est carrément à zéro. Si tu as de gros revenus, le taux marginal reste à 20 %, soit un peu plus que l'ancien 15 % forfaitaire sur la partie haute.
Et il y a un étage supplémentaire dont personne ne parle dans les brochures : une Fair Share Contribution de 15 % additionnels frappe les très hauts revenus, au-delà de 12 millions de roupies par an (autour de 215 000 à 225 000 euros). Ça ne concerne quasiment personne parmi les expats « normaux », mais autant que tu saches que le mythe du taux plat immuable, c'est terminé.
Mon tampon : validé comme information, pas comme argument marketing. Maurice reste fiscalement douce, mais arrête de dire « la flat tax à 15 % » en soirée. C'est faux depuis juillet 2025.
Le vrai sujet : es-tu résident fiscal mauricien ?
Avant même de parler de taux, la question qui compte vraiment c'est : où es-tu résident fiscal ? Parce que tout découle de là. Et là, je vois deux confusions récurrentes.
Le visa touristique n'est pas la résidence fiscale
Petit rappel qui n'a rien de fiscal mais que tout le monde mélange : en tant que ressortissant français ou de l'Union européenne, tu entres à Maurice sans visa et tu peux rester jusqu'à six mois (180 jours) par année civile, tampon posé à l'aéroport de Plaisance (code MRU). C'est très confortable pour tester l'île. Mais ce droit de séjour ne fait pas de toi un résident fiscal, et à lui seul il ne règle rien côté impôts. Pour t'installer vraiment, tu passes par un permis dédié (Occupation Permit, Premium Visa, permis retraité…), autre sujet.
Les critères de la résidence fiscale
Côté impôts, l'administration mauricienne (la MRA) te considère comme résident fiscal si tu remplis l'un de ces critères :
- tu as passé au moins 183 jours à Maurice pendant l'année fiscale ;
- ou 270 jours cumulés sur l'année en cours et les deux précédentes.
Le piège classique : croire qu'il suffit d'annoncer qu'on vit à Maurice. Le fisc français, lui, regarde la réalité (foyer, centre des intérêts, présence effective). Tu ne peux pas être « un peu résident ici pour les impôts et un peu là-bas pour le confort ». Il faut trancher, et c'est exactement là qu'un professionnel gagne son honoraire.
La convention France-Maurice de 1980, ta boussole
Le document clé, celui que ton fiscaliste va ouvrir en premier, c'est la convention fiscale franco-mauricienne signée le 11 décembre 1980 (en vigueur depuis 1981). Son but : éviter que tu sois imposé deux fois sur le même revenu, une fois en France et une fois à Maurice. C'est un vrai texte, publié sur le site des impôts français, pas une promesse d'agent immobilier.
Ce qu'il faut retenir de l'esprit de la convention :
- elle attribue à chaque pays le droit d'imposer tel ou tel type de revenu ;
- en cas de conflit de résidence, elle prévoit des critères de départage successifs (foyer permanent, centre des intérêts vitaux, séjour habituel…) ;
- elle organise l'élimination de la double imposition par crédit d'impôt ou exonération selon les cas.
Bref, avant de te réjouir d'un taux mauricien doux, il faut vérifier quel pays a le droit d'imposer quoi. Et ça dépend de la nature de tes revenus.
Comment sont traités tes revenus, source par source
Voici le point qui fait rêver les futurs expats, et c'est vrai qu'il est favorable, à condition de bien le comprendre. Le principe mauricien de base : un résident fiscal mauricien est imposé sur ses revenus de source mauricienne. Pour les revenus de source étrangère, Maurice applique une logique de rapatriement : ils ne sont imposables sur l'île que s'ils y sont reçus ou rapatriés. En clair, des loyers, des dividendes ou une pension privée qui restent sur un compte étranger ne sont, en principe, pas imposables à Maurice.
Les pensions de retraite
Pour un retraité, c'est souvent le nerf de la guerre. La convention prévoit que les pensions privées ne sont imposables que dans l'État de résidence du bénéficiaire. Si tu es résident fiscal mauricien, ta retraite du privé relève donc du barème mauricien, souvent plus léger que le couple impôt français + prélèvements sociaux. Attention en revanche : les pensions publiques (fonction publique, certains régimes de l'État) suivent des règles différentes et restent fréquemment imposables en France. Ne mets pas toutes tes pensions dans le même sac.
Les dividendes
Les dividendes de source française peuvent supporter une retenue à la source en France, encadrée par la convention, avec un mécanisme pour éviter la double peine côté Maurice. Le traitement exact dépend de ta participation et de ta situation : c'est typiquement le genre de calcul qu'on ne fait pas de tête.
Les loyers de biens en France
Là, sois lucide : un revenu foncier reste presque toujours imposable dans le pays où se trouve le bien. Si tu gardes un appartement en location à Lyon, ces loyers restent imposables en France, résident mauricien ou pas. Ne compte pas t'exonérer de tes loyers français en changeant simplement d'adresse.
À éviter : le raisonnement « je pars à Maurice donc tout devient exonéré ». Faux. Ce qui reste rattaché à la France (biens immobiliers, certaines pensions) reste dans le viseur français.
Le cas du télétravailleur : là où ça se corse
C'est le profil qui explose : le trentenaire qui bosse en remote pour une boîte européenne et qui se dit « je pilote mon écran depuis le lagon ». Sur le papier, si tes revenus sont de source étrangère et que tu ne les rapatries pas à Maurice, la fiscalité mauricienne peut être très douce, et certains dispositifs comme le Premium Visa prévoient que les revenus gagnés pendant ton séjour ne sont pas taxés localement, sous conditions.
Mais je vais être franc, parce que c'est là que je vois des gens se planter : toucher un salaire étranger sans le rapatrier ne t'efface pas automatiquement du radar français. L'administration regarde où l'activité est réellement exercée et où se trouve ton centre de vie. Si tu passes en réalité la moitié de l'année en France, ou que ta « substance » économique reste hexagonale, le risque de requalification est bien réel. Le télétravail international, c'est puissant, mais ce n'est pas un tour de passe-passe : il faut cadrer ta résidence proprement, dès le départ, sinon tu risques de payer deux fois ou de te faire redresser.
Alors, faut-il venir pour la fiscalité ?
Ma conviction d'habitant : viens à Maurice pour la vie qu'on y mène, le climat, le rythme, la mer à dix minutes, et prends l'avantage fiscal comme un bonus, pas comme un projet. Les gens qui débarquent avec l'unique motivation « payer moins d'impôt » sont souvent ceux qui repartent déçus, ou qui se mettent en risque en bricolant leur résidence.
Ce que tu dois retenir, honnêtement :
- la flat tax à 15 % n'existe plus depuis juillet 2025 : c'est désormais un barème à 0 %, 10 % et 20 % ;
- tout dépend d'abord de ta résidence fiscale, pas du taux affiché ;
- la convention de 1980 répartit qui impose quoi, et certains revenus (loyers, pensions publiques) restent français ;
- pour un retraité du privé ou un revenu de source étrangère non rapatrié, Maurice reste souvent avantageuse ;
- et pour ta situation précise, tu vois un fiscaliste, pas un blog, aussi sympa soit-il.
Voilà le tableau, sans mirage. Maurice n'est pas un paradis fiscal magique, c'est un pays au régime doux et désormais progressif, avec des règles à respecter. Fais les choses proprement, et tu profiteras du lagon l'esprit tranquille. C'est quand même le but, non ?