Gastronomie & restaurants

Les fruits tropicaux de l'île Maurice : lesquels goûter, quand, et comment les manger comme un local

Letchi, mangue, ananas Victoria, corossol, jacque : voici quand les trouver, lesquels ne pas rater et comment les manger comme on le fait vraiment ici, sel et piment compris.

L’habitant-passeur
Les fruits tropicaux de l'île Maurice : lesquels goûter, quand, et comment les manger comme un local

Un touriste qui débarque à Maurice en juillet et qui réclame des letchis, ça me fait doucement sourire. Les fruits d'ici, ils ont une horloge, et si tu ne la connais pas tu passes à côté du meilleur ou tu paies cher un truc de contre-saison sans goût. Alors on va faire simple : je te dis lesquels valent vraiment le détour, à quel moment de l'année, et surtout comment on les mange pour de vrai, parce que couper un ananas Victoria et le manger nature, c'est passer à côté de la moitié du plaisir. Sors-toi de la tête l'image du panier de fruits calibré du buffet d'hôtel. Le vrai marché, c'est autre chose.

Le letchi, la star de fin d'année (ne le rate pas)

Si tu viens à Maurice entre novembre et décembre, tu tombes en plein dans la saison du letchi, et c'est un événement. On en trouve à partir de fin octobre et ça culmine sur novembre-décembre, parfois jusqu'à janvier selon les arbres (source : expat-mauritius). C'est le fruit de Noël ici : les gens en achètent des sacs entiers, on en offre, on en met sur toutes les tables de réveillon.

Le conseil d'habitant : achète-les en grappes bien rouges, encore attachées à la branche, pas les tas déjà détachés et à moitié secs. Une grappe qui vire au brun, c'est un letchi qui a pris chaud et perdu son eau. Le bon letchi mauricien est sucré, légèrement acidulé, gorgé de jus (source : villa-vie). Et si tu vois du vin de letchi ou du Takamaka aromatisé, sache que c'est bien local, pas un attrape-touriste. Pour les alcools et boissons d'ici, j'ai fait un guide à part sur les boissons de l'île Maurice.

Mangues et ananas Victoria : ceux que tu peux avoir presque tout le temps

La mangue, c'est le fruit qui déborde. En pleine saison, de novembre à janvier, les étals en croulent (source : yoursunlife), et la saison s'étale globalement d'octobre à février selon les variétés (source : expat-mauritius). Et là je dois te prévenir : à Maurice il n'y a pas « la » mangue, il y en a des dizaines de variétés, tailles, couleurs et goûts différents. Demande une mangue mûrie sur l'arbre si tu peux, elle est plus parfumée et plus fondante que celle cueillie verte pour tenir le transport.

La mangue verte, elle, ne se jette pas : coupée en lamelles avec du sel et du piment, ou en achard, c'est un classique de rue. C'est le genre de détail qui fait toute la cuisine mauricienne, où le fruit passe volontiers du côté salé.

L'ananas Victoria, lui, tu le trouves quasiment toute l'année, avec des pics d'octobre à avril (source : expat-mauritius). C'est un petit ananas cultivé ici depuis le XIXe siècle, très sucré. Et le vrai truc de local : on le mange pelé, tranché, avec du sel et du piment, ou en salade avec du tamarin (source : expat-mauritius). La première fois ça déroute, ensuite tu ne peux plus t'en passer. Les marchands au bord des plages te le vendent dans un sachet avec le mélange piment-sel déjà dessus, accepte, c'est comme ça qu'il faut le goûter.

Corossol et pomme-cannelle : les fruits crémeux qu'on te vend rarement

Voilà deux fruits que tu ne verras jamais dans un buffet et que je t'invite vraiment à chercher. Le corossol, c'est un gros fruit vert à peau piquante, chair blanche et crémeuse, un goût qui rappelle un mélange de fraise et d'ananas (source : villa-vie). On le mange à la cuillère quand il est bien mûr et fondant, ou en jus, ou en glace. C'est le fruit dessert par excellence, mais il se garde mal, donc on le consomme sur le pouce.

La pomme-cannelle, on l'appelle aussi zatte ici, annone en France, est de la même famille. Sa chair est blanche et crémeuse quand le fruit est bien mûr (source : familleausoleil), avec des grosses graines noires que tu recraches au fur et à mesure. Ça se mange à la main, ça se partage, c'est le fruit qu'on grignote sur la varangue en fin d'après-midi. Ni l'un ni l'autre ne voyage bien : c'est typiquement le genre de fruit à goûter sur place plutôt qu'à ramener. Pour ce qui se rapporte vraiment dans la valise, j'ai listé ça dans les produits locaux à rapporter de Maurice.

Jacque, longane, fruit à pain : les surprenants

La jacque (jackfruit) est le plus gros fruit qui pousse sur un arbre : une énorme masse verte à peau hérissée, chair dorée et parfumée à l'intérieur (source : yoursunlife). Ici on l'utilise beaucoup vert, bouilli, comme substitut de viande dans les caris, sa texture filandreuse trompe presque. Mûre, la chair jaune est sucrée et très odorante. C'est un fruit à essayer une fois, ne serait-ce que pour la taille de la bête.

Le longane arrive quand le letchi s'en va : sa saison, c'est plutôt janvier à mars, avec un pic janvier-février (source : expat-mauritius). Plus petit que le letchi, peau lisse brun-jaune, chair translucide un peu plus douce et moins acidulée (source : yoursunlife). Si tu rates les letchis de peu en arrivant début janvier, console-toi avec le longane, c'est la relève.

Le fruit à pain, enfin, n'est pas un fruit qu'on croque cru : c'est un aliment de base ici, qui se mange cuit. Saison large, d'octobre à juin (source : expat-mauritius). On le grille, on le met en cari, ou on le transforme en frites maison (source : expat-mauritius), et franchement, les frites de fruit à pain valent le détour. Tu en trouveras plus souvent chez les marchands de rue et dans les marchés de l'île Maurice que sur une carte de restaurant.

Où les goûter, et à quel moment viser

Oublie le supermarché climatisé : le bon fruit est au marché et au bord de la route. Les camelots installés en bord de route vendent l'ananas et la mangue préparés au sel-piment, et c'est souvent là que c'est le plus frais et le moins cher. Pour la variété et l'ambiance, va au bazar de Port-Louis tôt le matin : c'est là que tu vois passer letchis en grappes, mangues par cageots, corossols et jacques entières.

Si tu veux caler ton voyage sur les fruits, le meilleur créneau, c'est fin décembre à début janvier : letchis, mangues et ananas se chevauchent tous à leur pic (source : expat-mauritius), et le longane pointe juste après. Un seul passage au marché et tu as tout. À l'inverse, l'hiver austral (juin-septembre) est plus maigre côté fruits vedettes, tu auras surtout de l'ananas et des agrumes.

La note honnête

Deux ou trois choses qu'on ne te dira pas dans les brochures. D'abord, une bonne partie de ce qu'on sert dans les hôtels est calibré et parfois importé hors saison : sans goût. Le vrai fruit mauricien a des taches, des formes irrégulières, et il se mange dans les jours qui suivent, pas la semaine d'après. Ensuite, méfie-toi des prix « touriste » sur les spots de plage : le même sachet d'ananas-piment coûte deux fois moins cher au marché du coin. Enfin, les fruits crémeux comme le corossol et la pomme-cannelle ne se ramènent pas, mange-les ici, c'est tout l'intérêt. Les dates que je te donne sont des repères : une saison peut glisser de deux ou trois semaines selon l'année et la pluie, alors le mieux reste de demander au marchand « ki fri lasezon la ? » et de te fier à ce qu'il te tend. C'est toujours lui qui a raison.