Fiscalité & impôts

Est-ce que l'île Maurice fait partie de la France ?

Non, et je vais te le dire franchement : Maurice est un pays indépendant, pas un bout de France. Mais si tu entends parler français en descendant de l'avion, il y a une raison, et elle est vieille de trois siècles.

L’habitant-passeur
Est-ce que l'île Maurice fait partie de la France ?

La réponse en deux mots : non, mais

On me pose la question au moins une fois par mois, souvent par des potes en France qui préparent leur premier voyage. « Dis, Maurice, c'est un peu comme la Réunion, c'est français en fait ? » Alors je te réponds direct, sans tourner autour du pot : non, l'île Maurice ne fait pas partie de la France. C'est un pays souverain, indépendant, avec son propre gouvernement, son parlement, son président, sa monnaie et son drapeau. Tu n'es pas en France quand tu es ici, tu es à l'étranger, même si à table on parle créole et français et qu'on te sert un cari comme chez mémé.

Ce « non » mérite quand même un gros « mais », parce que si tu débarques à l'aéroport de Plaisance (code MRU) et que tout le monde te comprend en français, ce n'est pas un hasard. Il y a un siècle d'histoire française planqué derrière chaque nom de rue, chaque plat, chaque façade coloniale. C'est cette histoire que je veux te raconter, parce qu'elle explique pourquoi Maurice te semblera à la fois dépaysante et étrangement familière. Validé : c'est le genre de contexte qui transforme un séjour plage en vrai voyage.

Maurice, un État souverain — depuis quand exactement

Posons les dates, ça évite les légendes de comptoir. L'île Maurice a proclamé son indépendance le 12 mars 1968. Ce jour-là, elle a cessé d'être une colonie britannique. Le premier chef de gouvernement, Seewoosagur Ramgoolam, un nom que tu retrouveras partout ici (l'aéroport porte d'ailleurs son nom complet), a mené le pays vers l'autonomie. Au début, subtilité héritée du Commonwealth, la reine d'Angleterre restait chef d'État nominal — Maurice était indépendante mais gardait la couronne britannique comme figure symbolique.

Ce statut a duré jusqu'en 1992, année où Maurice est devenue une république au sein du Commonwealth. Le parlement a voté la fin de la monarchie constitutionnelle : Élisabeth II a cessé d'être chef d'État, remplacée par un président mauricien élu par les députés. Petit clin d'œil de l'histoire, on a choisi de proclamer la république le 12 mars, la même date que l'indépendance. Résultat, le 12 mars ici c'est LA fête nationale, celle qu'on célèbre en famille, et ça n'a rien à voir avec le 14 juillet français.

Donc pour être carré : indépendante en 1968, république en 1992. Aujourd'hui Maurice est membre du Commonwealth (le club des anciennes colonies britanniques), pas un territoire d'outre-mer d'un quelconque pays. Quand tu voyages ici, tu passes une vraie frontière, tu montres ton passeport, tu changes tes euros en roupies mauriciennes. Rien à voir avec un vol Paris-Fort-de-France.

Et la Francophonie dans tout ça ?

Voilà un truc qui embrouille pas mal de monde. Maurice est membre de la Francophonie depuis 1993, plus précisément depuis le Ve Sommet de la Francophonie qui s'est justement tenu ici, à Grand Baie, en octobre 1993. Autrement dit, un pays anglophone au niveau administratif (l'anglais est la langue officielle du parlement et de l'école) qui accueille et rejoint la grande famille francophone. Ça te dit à quel point le français est ancré dans la vie quotidienne, même sans statut officiel. Être dans la Francophonie, ce n'est pas être français : c'est partager la langue, pas la nationalité. Nuance capitale.

Alors pourquoi ça sent si français, ici ?

Reviens avec moi trois siècles en arrière. Après une première présence hollandaise, la France prend officiellement possession de l'île en 1715 et la rebaptise Isle de France. Pendant près d'un siècle, jusqu'en 1810 — date où les Britanniques débarquent et prennent le contrôle après une guerre navale — l'île est française. Un siècle, c'est court à l'échelle de l'histoire, mais c'est assez pour marquer une terre à vie.

Ce qui est fascinant, et que peu de voyageurs savent, c'est que quand les Anglais ont pris le relais, ils ont laissé les colons français garder leur langue, leur religion catholique, leurs lois civiles et leurs terres. Du coup, le français n'a jamais disparu. Il a même donné naissance au créole mauricien, cette langue à base française que tu vas adorer essayer de décoder. Voici concrètement ce que cet héritage a laissé et que tu vas croiser sans même chercher :

  • La langue. Le français est partout : dans les journaux, à la radio, dans les commerces. Le créole, lui, est la langue du cœur et de la rue, et il vient directement du français de l'Isle de France.
  • La cuisine. Le cari existe, oui, mais tu trouveras aussi le gâteau, la vinaigrette, le rougail, des noms et des techniques qui fleurent bon la cuisine créole d'héritage français, croisée avec l'Inde, l'Afrique et la Chine.
  • Les noms de lieux. Curepipe, Mahébourg, Flic en Flac, Grand Baie, Pointe aux Canonniers... ouvre une carte, c'est un annuaire de toponymes français. Même la « Pointe aux Canonniers » raconte les canons d'époque coloniale.
  • L'architecture. Les maisons créoles à varangue (la véranda locale), les vieilles demeures coloniales, l'urbanisme de certaines villes hautes : tout ça porte la trace du bâti d'inspiration française.

Mon conseil de passeur : ne te contente pas de la plage. Loue une voiture une journée, monte à Curepipe dans les hauts, arrête-toi devant une maison créole avec sa varangue, et tu comprendras physiquement pourquoi Maurice te parle une langue que tu connais.

Le piège classique : Maurice ≠ la Réunion

C'est LA confusion que je corrige le plus souvent, alors autant crever l'abcès. La Réunion est un département français d'outre-mer (un DOM) : là-bas tu es en France, tu paies en euros, tu es dans l'Union européenne, la préfecture et la Sécu fonctionnent comme en métropole. Maurice, elle, est un pays étranger indépendant. Les deux îles sont voisines dans l'océan Indien, à environ deux cents kilomètres l'une de l'autre, elles se ressemblent par le climat et le métissage, et beaucoup de Réunionnais et de Mauriciens ont de la famille des deux côtés. Mais politiquement, ce sont deux mondes.

Concrètement, pour toi voyageur, ça change tout :

  • La monnaie. À la Réunion, l'euro. À Maurice, la roupie mauricienne (MUR). Pense à changer ou à retirer sur place, et compare toujours les taux avant.
  • Le visa et l'entrée. Pour la Réunion, si tu es Français ou de l'UE, c'est juste un vol intérieur ou Schengen. Pour Maurice, tu entres sur le territoire d'un autre pays. Bonne nouvelle : les ressortissants français et de l'Union européenne n'ont pas besoin de visa et peuvent séjourner jusqu'à six mois (180 jours) par année civile, l'entrée se faisant à l'aéroport MRU avec passeport valide. Rien à faire à l'avance côté visa, mais garde un billet retour et une adresse d'hébergement, on peut te les demander à l'arrivée.
  • Le cadre légal et fiscal. À la Réunion, la fiscalité française s'applique. À Maurice, c'est un système totalement distinct, avec ses propres règles d'impôt — un point crucial si tu songes un jour à t'installer ou à investir ici, et un sujet à creuser sérieusement avant de faire quoi que ce soit.

À éviter : réserver un vol ou un logement en croyant que « c'est pareil que la Réunion ». Non. Vérifie toujours que tu regardes bien les infos pour Maurice, pays indépendant.

L'adresse du passeur, pour ancrer tout ça dans le réel

Toute cette histoire, tu ne la ressens vraiment qu'en la vivant sur place, dans un coin qui a gardé l'âme de l'île. Si tu me demandes où poser tes valises pour être au bon endroit, je t'envoie sans hésiter à la Pointe aux Canonniers, au nord, ce bout de terre au nom d'histoire coloniale, à deux pas de Grand Baie et de son lagon. C'est là que je recommande chaudement Le Mandala Moris : un boutique-hôtel les pieds dans le décor, plus ses appartements du Domaine de Grand Baie pour ceux qui veulent leur propre cuisine et jouer les habitants le temps d'un séjour. C'est l'adresse que je refile à mes proches quand ils viennent, parce qu'on y est accueilli en français, dans une ambiance qui te fait toucher du doigt ce fameux métissage franco-mauricien plutôt que dans un resort anonyme. Validé, sans hésiter.

Ce qu'il faut retenir

Alors, est-ce que l'île Maurice fait partie de la France ? Non. C'est un pays souverain, indépendant depuis le 12 mars 1968 et république depuis 1992, membre du Commonwealth et de la Francophonie. Ce n'est pas la Réunion, qui elle est bel et bien française. Mais l'empreinte du siècle français, celui de l'Isle de France entre 1715 et 1810, est partout : dans la langue, l'assiette, les noms de rue et les vieilles varangues. C'est justement ce mélange qui fait le sel de Maurice : une terre étrangère qui te parle ta langue et te tend un cari en guise de bienvenue. Viens le vérifier de tes propres yeux, et surtout, ne dis plus jamais que c'est « un peu la France ». Tu passerais pour un touriste qui n'a rien compris — et toi, maintenant, tu sais.

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