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Les îlots du nord : Coin de Mire, Île Plate et îlot Gabriel

Depuis le ponton à côté de la maison, c'est la plus belle journée mer de l'île qui commence. Je te dis lequel de ces trois îlots se débarque et lequel s'admire, les yeux plein de sel.

L’habitant-passeur
Les îlots du nord : Coin de Mire, Île Plate et îlot Gabriel

Il y a des matins, à Cap Malheureux, où l'eau du lagon est tellement plate qu'on dirait qu'on pourrait marcher dessus. C'est ces matins-là qu'il faut sauter dans un bateau. Devant toi, à quelques milles, trois cailloux posés sur le bleu : le Coin de Mire, l'Île Plate et l'îlot Gabriel. Les cartes touristiques les appellent « les îles du nord ». Moi je les appelle ma cour de récré du dimanche. Et si tu ne devais garder qu'une seule journée mer de tout ton séjour à Maurice, ce serait celle-là. Sans hésiter.

Je te préviens tout de suite : ces trois îlots ne se valent pas, et surtout ils ne se vivent pas pareil. L'un se débarque, l'autre se contemple depuis le pont, le troisième se marche pieds nus dans le sable. Voilà ce que le passeur t'explique avant que tu réserves n'importe quelle sortie au premier rabatteur de Grand Baie.

Coin de Mire (Gunner's Quoin) : la sentinelle qu'on n'accoste pas

Le Coin de Mire, tu le vois depuis la plage de Cap Malheureux, cette silhouette en forme de coin de canon posée à l'horizon derrière la fameuse chapelle au toit rouge. Les Anglais l'appelaient Gunner's Quoin, parce que sa forme rappelle la cale de bois qu'on glissait sous les canons pour les incliner. Le nom est resté.

Première vérité que je te dois : on ne débarque pas sur le Coin de Mire. C'est une réserve naturelle inhabitée, un sanctuaire d'oiseaux marins — pailles-en-queue et autres espèces qui nichent dans ses falaises. La réglementation protège cet écosystème fragile, et c'est très bien comme ça. Si un skipper te promet de poser le pied dessus, méfie-toi : soit il te raconte n'importe quoi, soit il te fait faire quelque chose qui ne se fait pas. À éviter.

En revanche, le longer en bateau, c'est un moment fort. Les falaises tombent à pic dans une eau d'un bleu profond, presque noir tellement c'est creux. Les skippers ralentissent souvent en passant sous la paroi ouest, et c'est là que tu comprends l'échelle de la chose : ce « caillou » fait plusieurs centaines de mètres de haut. Pour les plongeurs, les fonds autour du Coin de Mire comptent parmi les plus beaux spots de plongée bouteille du nord. Mais pour la journée îlots classique, retiens ça : le Coin de Mire, ça s'admire. Tu le photographies, tu prends une claque visuelle, et tu continues.

Île Plate : la grande, avec son phare de 1855

Cap ensuite sur l'Île Plate — Flat Island pour les anglophones. C'est la plus grande des îles du nord, à une dizaine de kilomètres au large, et comme son nom l'indique, elle est basse, étale, tout en longueur. Là où le Coin de Mire est vertical et sauvage, l'Île Plate est horizontale et accueillante.

Son trésor, c'est son phare. Un vrai, historique, l'un des rares encore en activité de Maurice, planté sur la pointe sud-ouest depuis 1855. Quand tu marches vers lui, tu croises une végétation basse balayée par le vent, des filaos, et cette lumière particulière qu'ont les îles sans ombre. Ça sent le sel et l'histoire. Je te conseille vraiment de faire ce petit bout de marche si ta sortie te laisse le temps à terre : la vue depuis les hauteurs du phare sur le lagon et sur l'îlot Gabriel en face, ça se mérite à pied, et ça vaut le détour.

L'Île Plate, c'est aussi de longues plages de sable blanc, moins bondées que la carte postale de Gabriel, où tu peux poser ta serviette sans avoir le voisin sur les genoux. Les fonds autour sont superbes pour le snorkeling, mais je t'en reparle juste après, parce qu'il y a un truc à savoir.

Île Plate ou îlot Gabriel : ne confonds pas

Beaucoup de visiteurs mélangent les deux, parce qu'ils sont collés l'un à l'autre — à peine 750 mètres d'eau turquoise les sépare — et reliés par un lagon peu profond. Retiens simplement : l'Île Plate est la grande au phare, l'îlot Gabriel est le petit croissant de sable en face. La plupart des excursions combinent les deux, et c'est tant mieux, parce que c'est ce bras de mer entre les deux qui offre le meilleur du meilleur.

Îlot Gabriel : le lagon dont tu vas rêver après

Si je devais planter un tampon « validé » quelque part dans cet article, c'est ici. L'îlot Gabriel, c'est une réserve naturelle d'une quarantaine d'hectares, plus petite et plus préservée que sa grande voisine, et c'est là que 90 % des sorties posent l'ancre pour le déjeuner et la baignade.

Le lagon de Gabriel, c'est le genre d'eau qui ne devrait pas exister ailleurs que sur un fond d'écran. Limpide, tiède, d'un dégradé de bleus qui va du blanc laiteux au turquoise franc. Tu enfiles ton masque, tu mets la tête sous l'eau, et tu es tout de suite dans le vif : bancs de poissons tropicaux qui slaloment entre les patates de corail, et avec un peu de chance — la vraie chance de l'île, celle qu'on ne commande pas — une raie qui glisse sous toi ou une tortue qui remonte respirer. Je ne te promets rien, la nature ne se réserve pas. Mais j'en ai croisé assez souvent pour te dire que ça arrive vraiment.

Un mot de sécurité, parce que le passeur ne te ment pas : le bras de lagon entre l'Île Plate et Gabriel a du courant. Par endroits, ça tire. C'est magnifique à explorer au tuba, mais réservé aux nageurs à l'aise. Si tu n'es pas sûr de toi dans l'eau, reste dans la partie abritée, côté plage de Gabriel, où c'est calme et peu profond. Garde un œil sur les enfants. Et écoute le briefing du skipper : les bons connaissent leur lagon par cœur.

Comment y aller : uniquement en bateau, au départ de Grand Baie

Ces trois îlots ne sont accessibles que par la mer. Pas de pont, pas de navette régulière, pas de raccourci. Le point de départ historique, c'est Grand Baie, la baie animée du nord, même si certaines sorties embarquent aussi du côté de Cap Malheureux. Compte environ une heure et demie de navigation depuis Grand Baie pour atteindre l'îlot Gabriel — c'est la traversée elle-même qui fait partie du plaisir, avec le Coin de Mire qui grandit à mesure que tu approches.

Et c'est là que ma position géographique me fait sourire : quand tu loges à Pointe aux Canonniers ou à Grand Baie, tu es à quelques minutes du ponton. Tu prends ton café, tu descends, tu embarques. Pas de transfert de deux heures à travers l'île, pas de réveil aux aurores. C'est ça, le luxe du nord : la plus belle journée mer de Maurice commence littéralement au bout de la rue.

L'adresse du passeur pour dormir tout près

Puisqu'on parle de se réveiller à côté du bateau : si tu veux jouer cette carte de la proximité à fond, pose tes valises à lemandalamoris, le boutique-hôtel de Pointe aux Canonniers, ou dans ses appartements du Domaine de Grand Baie. C'est exactement le genre d'adresse que je recommande à mes amis qui débarquent : tu es à deux pas des pontons d'où partent les sorties îlots, dans le coin le plus vivant du nord, et tu rentres te rincer le sel sous une bonne douche sans avoir traversé la moitié de l'île. Pour une journée comme celle-ci, dormir ici change tout.

Catamaran ou speedboat : lequel choisir ?

C'est LA question qu'on me pose le plus. Les deux t'emmènent aux mêmes îlots, mais l'expérience n'a rien à voir.

  • Le catamaran — c'est la journée « lente et large ». Départ le matin, généralement entre 9 h et 10 h, retour en fin d'après-midi pour une sortie complète (compte autour de huit heures). Tu as le pont pour t'allonger, le filet à l'avant pour te faire secouer gentiment, un déjeuner grillé à bord souvent arrosé de rhum arrangé, et le temps de ne rien faire. Idéal en famille, en couple ou en groupe qui veut savourer. Le revers : c'est lent, et si la mer est formée entre les îlots, ça roule.
  • Le speedboat — c'est la journée « nerveuse et intime ». Tu files vite, tu passes plus de temps dans l'eau et moins sur le pont, tu peux enchaîner Coin de Mire, Île Plate et Gabriel à ton rythme, surtout en privatif. Parfait pour les mordus de snorkeling, les petits groupes, ceux qui n'aiment pas rester assis. Le revers : moins d'ombre, moins de confort, et le déjeuner est plus simple.

Mon conseil de passeur : première visite, en couple ou en famille tranquille, prends le catamaran, tu profites de la traversée. Tu es un rat d'eau qui veut maximiser le tuba, ou tu veux une sortie privée à la carte, prends le speedboat. Dans les deux cas, choisis un opérateur qui respecte les zones protégées et ne surcharge pas son bateau.

Côté budget et pratique

Les tarifs bougent selon la saison, le type de bateau et ce qui est inclus (déjeuner, boissons, matériel de snorkeling). À titre indicatif, en ce milieu d'année 2026, une sortie îlots du nord au départ de Grand Baie se situe grossièrement dans une fourchette de 35 à 120 € par personne — le bas pour une demi-journée en groupe, le haut pour du privatif ou une prestation catamaran complète avec repas. Vérifie toujours le prix du jour et ce qui est compris avant de payer, et méfie-toi des offres trop belles sur le port.

Quelques réflexes que je te souffle : embarque un lycra ou un tee-shirt anti-UV, il n'y a quasiment pas d'ombre sur ces îlots ; crème solaire respectueuse des coraux ; de l'eau ; et tes propres palmes-masque-tuba si tu es exigeant sur le matériel. Emporte le moins de plastique possible : ce sont des réserves naturelles, et ce qui rend ces lagons aussi purs, c'est justement qu'on les respecte.

Et pour venir jusqu'ici, deux mots d'administratif

Parce qu'on me pose toujours la question au bar : si tu es ressortissant français ou de l'Union européenne, tu n'as pas besoin de visa pour Maurice. L'entrée se fait à l'aéroport SSR (MRU), et tu peux séjourner jusqu'à six mois (180 jours) par année civile. De quoi enchaîner beaucoup, beaucoup de journées comme celle des îlots du nord.

Le mot de la fin du passeur

Alors, résumé pour ta mémoire de vacancier : le Coin de Mire, tu l'admires depuis le pont, tu ne poses pas le pied dessus — validé pour les yeux. L'Île Plate, tu débarques, tu marches jusqu'au vieux phare de 1855, tu déroules ta serviette sur ses longues plages. L'îlot Gabriel, tu y plonges le masque et tu comprends pourquoi j'en parle avec des étoiles — le lagon de la journée. Trois îlots, une seule sortie, et le meilleur souvenir mer de ton séjour dans le nord de Maurice. Prends la mer par beau temps, respecte les réserves, et laisse-toi porter. Tu me remercieras au retour.

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