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Les îlots du nord : Coin de Mire, Île Plate et Îlot Gabriel en catamaran

L'excursion catamaran depuis Grand Baie, tout le monde te la vend. Je te dis laquelle vaut vraiment le coup, où tu peux poser le pied, et comment fuir les bateaux bondés.

L’habitant-passeur
Les îlots du nord : Coin de Mire, Île Plate et Îlot Gabriel en catamaran

Il y a une image que tu vas croiser partout au nord de Maurice : trois bosses de roche posées sur l'horizon, juste en face de Cap Malheureux, avec la petite église au toit rouge en premier plan. Ces bosses, ce sont les îlots du nord. Et neuf touristes sur dix les découvrent de la même façon : une journée en catamaran au départ de Grand Baie, réservée la veille auprès d'un rabatteur sur le port. Je ne vais pas te dire de ne pas la faire, cette sortie. Je vais te dire comment la faire bien, parce qu'entre le bateau nickel qui te laisse une matinée de rêve et la barge bondée qui te dépose deux heures sur une plage pleine, il y a un monde.

Premier truc à te mettre en tête tout de suite, parce que c'est la source de la moitié des déceptions : sur ces trois îlots, tu ne débarques que sur un seul. Gabriel oui, Coin de Mire non, Île Plate ça dépend de l'opérateur. Voilà. On rentre dans le détail.

Coin de Mire : la sentinelle qu'on regarde, pas qu'on foule

Coin de Mire, c'est la silhouette triangulaire que tu vois depuis toute la côte nord, à environ huit kilomètres au large de Cap Malheureux. Un bloc de roche qui grimpe à 163 mètres, avec des falaises abruptes côté large. Son nom vient de sa forme : un « coin de mire », la cale en bois qu'on glissait sous les canons pour les caler. Vu de loin, ça ressemble à un morceau de gâteau posé sur le lagon.

Et c'est tout ce que tu en verras : de loin. Coin de Mire est classé réserve naturelle, et le débarquement y est strictement interdit. Ce n'est pas une lubie administrative. L'îlot, ses 76 hectares de falaises et sa végétation endémique servent de refuge à des oiseaux marins nicheurs — paille-en-queue, pétrels — qui ont besoin qu'on leur foute la paix pour se reproduire. Mettre le pied dessus, c'est piétiner des nids qu'on ne voit même pas.

Alors qu'est-ce qu'on fait à Coin de Mire ? On tourne autour, et on met la tête sous l'eau. Le catamaran ralentit généralement le long de la côte protégée du vent, et c'est là que se fait l'un des meilleurs arrêts snorkeling de la sortie : des patates de corail, des poissons-perroquets, parfois une tortue. C'est validé, mais uniquement si la mer est calme ce jour-là — au ras des falaises, quand ça remue, la visibilité tombe et le mouillage devient inconfortable. Ne râle pas si le skipper décide de zapper l'arrêt : il connaît sa houle mieux que toi.

Îlot Gabriel : le vrai débarquement, la vraie plage

Voici la star de la journée, et la seule des trois où tes pieds vont toucher le sable. Îlot Gabriel, c'est là que le catamaran jette l'ancre et que tu descends. Un petit îlot inhabité d'environ 42 hectares, classé réserve naturelle depuis 1972, posé juste à côté de l'Île Plate — 750 mètres d'eau turquoise les séparent.

Ce qui fait Gabriel, c'est son lagon. Une eau peu profonde, transparente, d'un vert que tu croiras retouché sur les photos alors que non. Le snorkeling y est facile, accessible même si tu n'es pas à l'aise : tu as pied sur de longues distances, et les poissons viennent presque te renifler les palmes. Sur la partie sableuse, les équipages installent le déjeuner — en général un barbecue et un open bar compris dans l'excursion, servis directement depuis le bateau ou sur la plage.

Mon conseil de passeur, celui qui change tout : marche. La plupart des gens restent agglutinés là où le bateau les a lâchés, à l'ombre des mêmes filaos, à trente centimètres du voisin. Prends dix minutes pour longer la côte de l'îlot vers l'est. Tu trouveras des coins de sable où tu seras quasiment seul, avec Coin de Mire en toile de fond. La réserve étant protégée, la végétation est basse, rase, faite d'herbes et d'arbustes qui résistent au sel — pas d'ombre dense, d'où l'importance du chapeau, on y revient.

Un point d'honnêteté : Gabriel un jour de haute saison avec quatre ou cinq catamarans mouillés en même temps, ça peut faire beaucoup de monde. Ce n'est pas Robinson. Mais avec le bon timing et un peu de marche, ça reste une des plus belles demi-journées que le nord peut t'offrir.

Île Plate : la grande sœur sauvage

Juste derrière Gabriel se dresse l'Île Plate — Flat Island pour les cartes marines. C'est la plus grande des îles du nord, environ 253 hectares, et son nom ne ment pas : elle est basse, étalée, une végétation qui ne monte jamais bien haut, balayée par le vent du large. Là où Gabriel joue la carte de la plage-carte-postale, l'Île Plate a un côté plus brut, plus austère, presque austral.

Son signe distinctif, c'est son phare, une tour circulaire construite en 1855, l'un des deux encore en activité à Maurice. Il te rappelle que ces cailloux ont eu une vie avant les excursions à la journée : quarantaine, garnison, gardiens de phare isolés des mois durant. L'île abrite aussi une flore endémique dense et des oiseaux marins nicheurs, ce qui explique que l'accès à terre y soit encadré.

Concrètement, tout le monde ne débarque pas sur l'Île Plate. Certaines sorties premium ou spécifiques la programment, la plupart des catamarans « classiques » depuis Grand Baie s'arrêtent à Gabriel et ne font que passer au large de Plate. Si tu tiens absolument à fouler Flat Island et voir son phare, c'est une question à poser NOIR SUR BLANC avant de payer — pas « on verra sur place ». À éviter : réserver une sortie « les trois îles » en croyant que tu vas débarquer sur les trois. Tu débarqueras sur une : Gabriel.

Le déroulé type d'une journée depuis Grand Baie

Pour que tu saches à quoi t'attendre, voilà la trame que suivent la plupart des catamarans. Départ vers 9h de Grand Baie, embarquement souvent quinze à vingt minutes avant sur le ponton. Il faut compter environ une heure et demie de navigation à la voile pour rallier la zone des îlots — tu passes au large de Coin de Mire en chemin, et c'est un moment magnifique, appareil photo prêt.

Ensuite, arrêt snorkeling (souvent vers Coin de Mire ou l'entrée du lagon), puis mouillage à Gabriel où se déroule le gros de la journée : baignade, tuba, déjeuner barbecue, farniente. Le catamaran quitte généralement Gabriel autour de 15h pour un retour tranquille, moteur ou voile selon le vent, avec musique et rafraîchissements à bord. Retour à Grand Baie aux alentours de 16h30. Une vraie journée, pleine, dont l'essentiel se joue entre 11h et 15h.

Catamaran ou bateau rapide ?

On te proposera les deux. Le speedboat file en vingt-cinq minutes, te laisse plus de temps à terre, mais tape dans la houle et n'a ni le déjeuner à bord ni l'ambiance. Le catamaran, c'est l'inverse : la traversée fait partie du plaisir, c'est stable, on mange bien, on prend son temps. Mon avis d'habitant : si tu as le mal de mer facile ou des enfants en bas âge, catamaran sans hésiter. Si tu veux maximiser le sable et fuir la foule, un petit bateau privatisé tôt le matin bat n'importe quel gros cata.

Comment éviter les bateaux bondés

  • Réserve un bateau à jauge réduite ou une sortie privée plutôt qu'un cata de 40 personnes. Ça coûte plus cher, ça change tout.
  • Évite le plein cœur de la haute saison et les jours de croisière si tu peux caler ta sortie hors week-end mauricien.
  • Sur place, marche loin du point de débarquement. C'est gratuit et c'est le meilleur conseil de cette page.
  • Vérifie les avis récents de TON opérateur, pas juste la belle photo du flyer sur le port.

Où poser tes valises pour être aux premières loges

Le nerf de la guerre pour cette sortie, c'est ton point de départ. Le catamaran part de Grand Baie, souvent tôt : plus ton logement est proche, plus ta matinée est détendue. C'est exactement pour ça que l'adresse que je refile à mes proches, c'est le lemandalamoris — un boutique-hôtel à la Pointe aux Canonniers, avec aussi des appartements au Domaine de Grand Baie. Tu es à quelques minutes du ponton, tu peux embarquer sans stress et rentrer te rincer le sel dès le retour. C'est le genre de base tranquille, à taille humaine, d'où tu rayonnes sur tout le nord sans jamais reprendre la voiture pour rien. Pour une semaine dans le coin, c'est le pari malin.

Quoi emporter, quelle saison

La météo. La bonne fenêtre pour ces sorties, c'est globalement de mai à décembre, la saison sèche et fraîche mauricienne, quand la mer est la plus lisse et le ciel dégagé. De janvier à mars, c'est l'été austral, plus chaud, plus humide, avec un risque de cyclone qui peut faire annuler la sortie du jour au lendemain — dans ce cas, garde toujours une journée de battement dans ton programme pour reporter.

Dans ton sac, le kit du passeur :

  • Crème solaire réef-safe et chapeau. Sur ces îlots la végétation est rase, il n'y a quasiment pas d'ombre naturelle. Tu vas cramer sans t'en rendre compte, le vent trompe la sensation.
  • Ton propre masque et tuba si tu es un peu regardant sur l'hygiène — le matériel du bord dépanne mais il tourne.
  • Une lycra ou un t-shirt anti-UV pour snorkeler le dos au soleil sans finir écarlate.
  • Une serviette, un change sec, un sac étanche pour ton téléphone et tes papiers.
  • De l'eau en plus. L'open bar, c'est sympa, mais avec le soleil et le sel tu as surtout besoin d'eau plate.
  • Un peu de liquide pour un pourboire à l'équipage s'il a assuré — ici, ça se fait et ça fait plaisir.

Un mot enfin pour les lecteurs français et européens qui préparent le voyage : tu entres à Maurice sans visa, pour un séjour pouvant aller jusqu'à six mois (180 jours) par année civile, avec une arrivée par l'aéroport de Plaisance (code MRU). Autrement dit, tu as tout le temps qu'il faut pour ne pas caser ta sortie catamaran le jour de ton départ, la fatiguer, et rater le meilleur. Étale, respire, et garde cette journée pour un ciel bien bleu. Les îlots du nord méritent que tu les attendes.

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