Impôt sur le revenu à l'île Maurice : le vrai barème 2025-2026
Non, Maurice n'est pas un forfait à 15 % pour tout le monde. Depuis le Finance Act 2025, c'est un barème à trois tranches, et l'année fiscale décalée piège les nouveaux arrivants : je te déroule ce que tu paies vraiment.

Tu as sûrement entendu la légende au comptoir d'un bar de Grand Baie : « À Maurice, tu paies 15 % d'impôt, point final. » Je l'ai entendue cent fois, et à chaque fois je repose mon verre pour rectifier. Ce forfait à 15 %, c'était l'ancien monde. Depuis le Finance Act 2025, entré en vigueur le 1er juillet 2025, le pays est passé à un vrai barème progressif à trois tranches. Alors installe-toi, je te déroule ce que tu vas vraiment payer, comment se calcule l'assiette, et surtout le piège de l'année fiscale décalée qui fait trébucher tous les nouveaux arrivants.
Le mythe du forfait unique à 15 %, c'est fini
Pendant des années, Maurice a affiché un taux d'imposition personnel quasi plat, ce qui a nourri sa réputation de paradis fiscal soft. Le Finance Act 2025 a rebattu les cartes. On est passé d'une grille à onze paliers à un barème simplifié de trois tranches, et pour beaucoup de petits salaires, c'est une bonne nouvelle : le bas du barème est désormais à zéro.
Concrètement, voici le barème individuel en vigueur depuis le 1er juillet 2025 (source : PwC Tax Summaries Mauritius) :
- 0 % sur les premiers 500 000 MUR de revenu imposable annuel. En dessous, tu ne paies rien.
- 10 % sur la tranche suivante de 500 000 MUR (soit la portion entre 500 001 et 1 000 000 MUR).
- 20 % sur tout ce qui dépasse 1 000 000 MUR.
Le mot qui compte, c'est tranche. Comme en France, chaque palier ne s'applique qu'à la portion de revenu qui tombe dedans. Si tu gagnes 1,2 million de roupies dans l'année, tu ne paies pas 20 % sur le tout : tes premiers 500 000 passent à zéro, les 500 000 suivants à 10 %, et seuls les derniers 200 000 sont taxés à 20 %. Ça change tout par rapport à la légende du taux unique. Validé : le système est progressif, et il te protège tant que tu restes sous le premier plafond.
La Fair Share Contribution : le vrai sujet des gros revenus
Là où l'histoire devient intéressante, c'est en haut de la pyramide. Le Finance Act 2025 a introduit la Fair Share Contribution (FSC), une contribution de 15 % qui frappe la part de revenu imposable au-delà de 12 millions de roupies par an. Attention, ça se cumule par-dessus l'impôt classique, ce n'est pas un remplacement.
Deux points à retenir que peu de gens précisent au comptoir :
- La FSC ne mord que sur la fraction qui dépasse 12 M MUR, pas sur la totalité du revenu. Quelqu'un qui déclare 12,5 millions ne paie les 15 % que sur les 500 000 excédentaires.
- Elle inclut aussi les dividendes de sociétés mauriciennes dans le calcul du seuil. Autrement dit, le rentier qui vit surtout de dividendes n'y échappe pas.
C'est une mesure temporaire, prévue pour trois années fiscales, du 1er juillet 2025 au 30 juin 2028 (source : Payspace 2025/2026). Si tu es cadre à salaire confortable ou petit indépendant, tu n'es pas concerné : on parle ici de très hauts revenus. Mais si tu déménages ta holding ou tes participations à Maurice en pensant échapper à toute progressivité, c'est le paramètre à border avec un fiscaliste avant de signer.
Le cadeau pour les 18-28 ans
Une mesure que j'adore refiler aux jeunes expats et aux enfants du pays qui débutent : le Finance Act 2025 accorde une exonération totale d'impôt sur le revenu aux 18-28 ans qui gagnent jusqu'à 1 million de roupies par an, que ce soit en salaire ou en revenu d'activité indépendante (source : WTS Global, Finance Act 2025).
Si tu as un enfant qui démarre sa vie active sur l'île, ou si tu es toi-même dans cette tranche d'âge en freelance, tu peux littéralement encaisser jusqu'à un million de roupies sans un centime d'impôt sur le revenu. C'est l'un des rares dispositifs vraiment généreux du barème, et il est sous-utilisé faute d'être connu. Validé, et à faire valoir dès la déclaration.
Le piège qui fait trébucher tous les nouveaux : l'année fiscale décalée
Voilà le truc que personne ne te dit et qui m'a valu de longues explications avec des amis fraîchement débarqués. À Maurice, l'année fiscale ne suit pas l'année civile. Elle court du 1er juillet au 30 juin de l'année suivante (source : PwC Tax Summaries / mauritiusbiz.com).
Pourquoi c'est un piège ? Parce que tu débarques avec des réflexes d'Européen calés sur janvier-décembre. Tu arrives en septembre, tu commences à percevoir un revenu local, et tu penses avoir jusqu'au printemps suivant pour t'organiser. En réalité, tu es déjà dans l'année fiscale qui a démarré le 1er juillet précédent, et ton premier segment imposable peut être plus court que prévu. Les seuils du barème (les fameux 500 000, 1 000 000, 12 000 000 MUR) s'apprécient sur cette période décalée, pas sur ton année civile de résidence.
Mon conseil d'initié : dès que tu commences à générer un revenu de source mauricienne, note ta date d'arrivée et cale un point avec un comptable local avant le 30 juin. Ça t'évite de découvrir en juillet que tu as raté une échéance ou mal calibré tes acomptes.
Comment se calcule vraiment l'assiette
Le taux, c'est une chose ; l'assiette sur laquelle il s'applique en est une autre. Historiquement, Maurice fonctionnait avec un Income Exemption Threshold (IET), un abattement de base modulé selon ta situation familiale et le nombre de personnes à charge. Avec le nouveau barème, la tranche à 0 % jusqu'à 500 000 MUR joue désormais le rôle de plancher d'exonération de fait : en dessous, tu ne paies rien, même sans jongler avec les catégories d'antan.
Sur le principe, ton revenu imposable se construit en partant de tes revenus bruts (salaires, revenus d'activité, certains revenus de capitaux), auxquels tu retranches les déductions et abattements auxquels tu as droit. Comme les montants d'abattements et les règles de personnes à charge évoluent d'un budget à l'autre, je ne te donne pas de chiffre figé ici : c'est exactement le genre de paramètre à vérifier pour ton cas précis, parce qu'une mauvaise ligne d'abattement peut te faire basculer inutilement dans la tranche supérieure.
Résident ou non-résident : ça change l'assiette entière
C'est la distinction structurante. Un résident fiscal mauricien est imposable sur ses revenus mondiaux, mais avec une nuance clé : les revenus de source étrangère ne sont taxés que dans la mesure où ils sont rapatriés à Maurice (principe de la remise). Un non-résident, lui, n'est imposé que sur ses revenus de source mauricienne (source : PwC Tax Summaries).
Ne confonds surtout pas résidence fiscale et droit de séjour. Côté séjour, un ressortissant français ou d'un pays de l'UE entre sans visa à l'aéroport de Plaisance (code MRU) et peut rester jusqu'à six mois (180 jours) par année civile. Mais franchir ce cap de tourisme prolongé ne fait pas automatiquement de toi un résident fiscal, et inversement, poser tes valises longue durée ne règle pas ton statut fiscal. Les deux sujets, séjour et résidence fiscale, se traitent séparément — encore un point à clarifier avec un pro selon ton projet réel.
La déclaration en ligne à la MRA
La bonne nouvelle, c'est que l'administration mauricienne, la Mauritius Revenue Authority (MRA), est plutôt en avance sur la dématérialisation. La déclaration de revenus des particuliers se fait en ligne, via le portail de la MRA, et l'échéance se cale sur l'année fiscale décalée que je t'ai décrite plus haut.
Si tu es salarié, une partie de ton impôt est prélevée à la source via le système PAYE (Pay As You Earn) directement sur ta fiche de paie, un peu comme le prélèvement à la source en France. La FSC des très hauts revenus est elle aussi retenue mensuellement par l'employeur sur une base cumulée. Mais même prélevé à la source, tu restes tenu de déposer ta déclaration annuelle pour régulariser abattements, revenus multiples et éventuels compléments. Ne fais pas l'impasse en te disant que « tout est déjà retenu » : c'est souvent là que se logent les régularisations.
À retenir
- Le forfait unique à 15 % est un mythe : depuis le 1er juillet 2025, c'est un barème à trois tranches (0 % jusqu'à 500 000 MUR, 10 % sur les 500 000 suivants, 20 % au-delà de 1 000 000 MUR).
- Au-dessus de 12 millions MUR de revenu imposable, ajoute une Fair Share Contribution de 15 % sur l'excédent, jusqu'au 30 juin 2028.
- Les 18-28 ans gagnant jusqu'à 1 million MUR sont totalement exonérés.
- L'année fiscale court du 1er juillet au 30 juin : cale-toi dessus dès l'arrivée.
- Résident = revenu mondial (rapatrié) ; non-résident = source mauricienne uniquement.
- Déclaration en ligne à la MRA, même quand tu es prélevé à la source via le PAYE.
Le mot du passeur
Je te donne ici la carte, pas l'itinéraire de ton cas perso. Entre le statut de résidence, les abattements familiaux, les dividendes et le timing de ton arrivée, ta situation mérite un vrai calcul. Prends une heure avec un fiscaliste mauricien avant de prendre la moindre décision structurante : c'est l'investissement le plus rentable de ton installation.
Et pendant que tu poses tes cartons et que tu cours les rendez-vous, tu cherches où poser la tête sans te ruiner à l'hôtel de passage. L'adresse du passeur, c'est le boutique-hôtel lemandalamoris, à la Pointe aux Canonniers, ou ses appartements du Domaine de Grand Baie : le bon compromis pour t'installer quelques semaines, tester les quartiers du nord et prendre le pouls de la vie locale avant de signer quoi que ce soit. C'est là que j'envoie ceux qui débarquent sérieusement. Validé.