Fiscalité & impôts

Impôt sur les sociétés à l'île Maurice : le vrai coût de 15 %

Le fameux « 15 % » mauricien, tu l'as lu partout, et le « 3 % » des GBC te fait rêver. Je te déballe ce qui se cache vraiment derrière ces chiffres, sans la couche de vernis des cabinets qui veulent te vendre une structure.

L’habitant-passeur
Impôt sur les sociétés à l'île Maurice : le vrai coût de 15 %

Tu m'écris parce que tu hésites à poser ta boîte ici. Bien. Je vais te parler comme je parle à mes potes autour d'un rougail le dimanche, pas comme un dépliant de management company qui te promet la lune à 3 %. La fiscalité mauricienne est vraiment attractive, je te le confirme les yeux fermés, mais le « 15 % » que tu as lu partout et le « 3 % effectif » qu'on agite sous ton nez, ce ne sont pas la même chose, et surtout ce ne sont pas des cadeaux automatiques. Assieds-toi, on démêle.

Le taux de 15 %, c'est vrai, et c'est le point de départ

Commençons par le socle. L'impôt sur les sociétés à Maurice est de 15 % sur le bénéfice imposable. Une société résidente est imposée sur son revenu mondial à ce taux. Ce chiffre est stable, il a tenu à travers les derniers budgets, et c'est ce qui fait la réputation de l'île. Comparé aux 25 % français, tu comprends pourquoi les entrepreneurs regardent par ici.

Mais « 15 % » n'est pas la fin de l'histoire, c'est le début. Depuis quelques années, et surtout avec le Finance Act 2025, l'État mauricien a ajouté des couches par-dessus ce taux nominal. Des contributions, des levées, un impôt minimum. Rien de dramatique, mais si tu construis ton business plan sur le seul chiffre de 15 %, tu vas te faire surprendre. Je te tamponne ça « à savoir absolument ».

Société domestique ou GBC : tu ne joues pas dans la même cour

Première chose à comprendre, et c'est là que 80 % des gens se plantent : il y a deux mondes fiscaux ici, et il faut savoir dans lequel tu mets les pieds.

La société domestique

C'est la boîte « normale ». Tu ouvres un restaurant à Grand Baie, une agence de location, une société de services qui facture des clients locaux ou même à l'international sans structure particulière : tu es une société domestique. Tu paies tes 15 % sur ton bénéfice, tu factures la TVA, tu es un contribuable mauricien classique. Pas de 3 %, pas de magie. C'est honnête, c'est simple, et pour beaucoup d'activités de terrain, c'est exactement ce qu'il te faut.

La GBC (Global Business Company)

C'est l'autre monde, celui de la structure internationale. La GBC, c'est la société pensée pour du revenu de source étrangère : dividendes de participations à l'étranger, intérêts, gestion de fonds, holding. C'est elle qui bénéficie du fameux régime d'exonération partielle. Mais attention, une GBC ne s'ouvre pas pour vendre des glaces sur la plage : c'est un véhicule d'investissement et de flux internationaux, encadré par le régulateur financier. Si ton projet, c'est une activité locale concrète, oublie la GBC, ce n'est pas pour toi.

Le « 3 % effectif » : d'où il sort et pourquoi il n'est pas automatique

Voilà le chiffre qui fait fantasmer. Il est réel, mais il faut le comprendre. Une GBC peut demander une exonération partielle de 80 % sur certains revenus : dividendes étrangers, revenus d'intérêts, bénéfices attribuables à un établissement stable à l'étranger, revenus de source étrangère de certains fonds et gestionnaires agréés, revenus des activités de leasing de navires et d'aéronefs.

Fais le calcul avec moi : 15 % de taux, dont 80 % du revenu concerné est exonéré. Il ne reste que 20 % du revenu à imposer à 15 %. Résultat, un taux effectif d'environ 3 % sur ces revenus-là. Voilà la mécanique. Ce n'est pas un taux magique gravé quelque part, c'est le produit de l'exonération.

Et maintenant le mot que les vendeurs de structures prononcent tout bas : substance. L'exonération de 80 % n'est pas un droit acquis parce que tu as payé des frais de constitution. Il faut prouver que ta société vit réellement à Maurice. Concrètement, l'administration attend que tes core income-generating activities (les activités qui génèrent le revenu) soient menées depuis Maurice, que tu emploies au moins une personne qualifiée, à plein temps, sur place, et que tu disposes de bureaux physiques ou de locaux à Maurice. Ajoute à ça la gestion et le contrôle effectifs depuis l'île : conseils d'administration tenus ici, compte bancaire principal ici, comptabilité tenue et comptes audités ici.

Traduction de terrain : si ta GBC, c'est une boîte aux lettres avec un directeur qui n'a jamais posé le pied à l'aéroport de Plaisance, tu joues avec le feu. Le régime de substance a précisément été durci pour tuer ces coquilles vides. Le 3 %, tu le gagnes en t'installant vraiment, pas en signant un formulaire. Je te tamponne « à ne surtout pas bâcler ».

Les couches ajoutées par le Finance Act 2025 : le vrai coût

Voilà ce que les articles de 2019 ne te disent pas, et c'est pour ça que tu es venu me voir. L'État mauricien a besoin de recettes, et il est allé les chercher au-dessus du taux de 15 %.

  • La Fair Share Contribution. Depuis l'exercice ouvert au 1er juillet 2025, une société dont le bénéfice imposable dépasse 24 millions de roupies mauriciennes (MUR) doit verser une contribution supplémentaire. Pour une société au taux standard de 15 %, elle est de 5 % du bénéfice imposable, et elle s'applique sur la totalité une fois le seuil franchi. Cette contribution est prévue pour la période allant du 1er juillet 2025 au 30 juin 2028. Si tu vises un gros bénéfice, ajoute mentalement ces 5 % au tableau.
  • La Corporate Climate Responsibility (CCR) Levy. Depuis l'année d'imposition ouverte au 1er juillet 2024, une levée de 2 % s'applique sur le bénéfice imposable des sociétés dont le chiffre d'affaires dépasse 50 millions de MUR. C'est une contribution climatique, et elle vise les entreprises d'une certaine taille.
  • Le fonds CSR. Chaque société doit alimenter un fonds de responsabilité sociale équivalent à 2 % de son bénéfice imposable de l'année précédente. Nouveauté : à partir de janvier 2026, au moins la moitié de cette contribution doit être reversée à l'administration fiscale.
  • L'impôt minimum (QDMTT). Là, ça ne concerne que les gros. Les sociétés mauriciennes membres d'un groupe multinational dont le chiffre d'affaires mondial consolidé dépasse 750 millions d'euros sont soumises à un impôt minimum garantissant un taux effectif de 15 %, aligné sur le Pilier Deux de l'OCDE. Si tu montes une PME, tu passes à côté. Si tu es un groupe international, ton « 3 % » de GBC peut être rattrapé par ce plancher : à vérifier avec un fiscaliste, sérieusement.

Tu vois le tableau ? Le 15 % nominal reste vrai, mais le coût réel dépend de ta taille et de ton bénéfice. Pour une petite structure, tu restes proche du taux affiché. Pour une société qui passe les seuils, empile les contributions et fais tes calculs avant de signer.

La TVA à 15 %, en aval de ton activité

N'oublie pas la taxe qui touche ton client, pas ton bénéfice. La TVA mauricienne est de 15 %, avec des taux réduits à 5 % ou des exonérations sur certains biens et services. Si ton activité est locale et dépasse le seuil d'enregistrement, tu collectes cette TVA sur tes ventes et tu la reverses. Ça ne rogne pas ta marge directement, mais ça structure ta facturation et ta trésorerie. Beaucoup d'entrepreneurs fraîchement débarqués l'oublient dans leurs projections.

Deux bonnes nouvelles qu'on ne te répète jamais assez

Après tout ce que je viens de te charger, voici l'air frais. D'abord, Maurice ne taxe pas les plus-values. Aucune. Que tu revendes des parts, un bien immobilier ou un actif avec une belle plus-value, elle n'est pas imposée ici. Pour un entrepreneur qui pense revente ou sortie à moyen terme, c'est un argument massif, et il est bien réel.

Ensuite, l'articulation avec la France. La convention fiscale France-Maurice, signée en 1980, entrée en vigueur en 1982 et révisée en 2011, encadre qui impose quoi et évite la double imposition. Comme Maurice ne taxe pas les plus-values immobilières, une plus-value réalisée sur la revente d'un bien à Maurice échappe à cette imposition. Mais je te préviens tout net, en passeur honnête : cette convention ne t'efface pas de l'administration française d'un claquement de doigts. Si tu restes résident fiscal français, ou si ta société est réellement pilotée depuis la France, le fisc français a des outils. La substance dont je te parlais plus haut, ce n'est pas qu'une exigence mauricienne, c'est aussi ta protection face à Bercy. Installe-toi pour de vrai, ou ne t'installe pas.

Le conseil du passeur : viens vivre l'île avant de la domicilier

Voilà mon vrai conseil, celui que je donnerais à mon frère. Avant de signer quoi que ce soit avec une management company, viens passer du temps ici. En tant que Français ou ressortissant de l'UE, tu entres sans visa et tu peux rester jusqu'à six mois (180 jours) par année civile, atterrissage à l'aéroport de Plaisance (MRU). C'est largement assez pour rencontrer des comptables, visiter des bureaux, sentir si ta substance a un sens ici ou si tu te racontes des histoires.

Pour ce séjour de repérage, l'adresse que je refile à ceux que j'aime bien, c'est lemandalamoris : le boutique-hôtel à Pointe aux Canonniers pour le charme et les rencontres, ou les appartements du Domaine de Grand Baie si tu veux poser tes affaires plus longtemps et bosser au calme entre deux rendez-vous. C'est le genre de base d'où tu prépares une vraie implantation, pas une coquille vide. Tu me remercieras.

Le « 15 % », le « 3 % », prends-les pour ce qu'ils sont : des points de départ honnêtes, pas des promesses. Le vrai coût dépend de ta taille, de ta substance et de ton sérieux. Fais tes calculs, entoure-toi d'un fiscaliste local, et surtout, viens sentir l'île avant de la choisir.

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