Ni plus-value, ni succession : les impôts qui n'existent pas à Maurice
On te vend toujours Maurice par ce que tu vas gagner. Moi je te la vends par ce que tu ne paieras jamais : plus-value, succession, donation, fortune, tout ça n'existe pas ici, et c'est là que ça devient sérieux.

Tout le monde te parle des revenus à Maurice : le taux d'impôt plafonné, les dividendes, le soleil qui ne se déclare pas. Moi, ce matin, devant mon café à Grand Baie, je vais te prendre à contre-pied. Parlons de ce que tu ne paieras jamais. Parce que c'est là, dans les cases vides du formulaire fiscal mauricien, que se cache la vraie histoire — et le vrai piège pour un Français mal briefé.
Je vis entre ici et la métropole depuis assez longtemps pour avoir vu des gens débarquer avec des rêves de transmission tranquille, et repartir avec un avis d'imposition français dans la poche. Alors on va faire ça proprement : d'abord les bonnes nouvelles, celles qui font briller les yeux. Ensuite la nuance qui coince, celle que les brochures oublient toujours de mentionner.
Ce que tu ne paieras jamais à Maurice
Commençons par la liste des absents. Et elle est longue. À Maurice, il n'existe tout simplement pas d'impôt sur les plus-values, pas de droits de succession, pas de taxe sur les donations, pas d'impôt sur la fortune. Ce n'est pas une niche, ce n'est pas un montage exotique : c'est le régime de base du pays. Je te confirme ça sources en main, pas au comptoir.
Zéro impôt sur la plus-value
Tu revends ton appartement, tes parts de société, ton portefeuille : la plus-value que tu réalises n'est pas taxée à Maurice. Pas de capital gains tax. Que tu achètes un bien 300 000 euros et le revendes 450 000 cinq ans plus tard, l'État mauricien ne te réclame rien sur les 150 000 de différence. Pour quelqu'un qui vient de France, où la plus-value immobilière et mobilière est une vieille connaissance douloureuse, c'est un choc culturel. Le « validé » ici est total, à condition — retiens bien ce mot, on y revient — que tu sois réellement dans le périmètre fiscal mauricien.
Zéro droits de succession, zéro donation
C'est le cœur du sujet et sans doute la raison pour laquelle tu lis cet article. À Maurice, il n'y a ni impôt sur les successions, ni sur les héritages, ni sur les donations, ni sur les cadeaux. Tu peux transmettre ton patrimoine à tes enfants sans que le fisc local prélève sa dîme au passage. Les biens autres qu'immobiliers peuvent être donnés librement, sans taxe. Quand tu sais qu'en France les droits de succession en ligne directe grimpent par tranches jusqu'à des taux qui font mal après abattement, tu comprends pourquoi certains regardent Maurice avec des étoiles dans les yeux pour organiser leur transmission.
Zéro impôt sur la fortune
Pas d'ISF, pas d'IFI mauricien, rien. Tu peux détenir un patrimoine conséquent sur l'île sans qu'un impôt annuel sur la fortune vienne le grignoter. Là encore, c'est structurel : le pays a construit son attractivité là-dessus. Le trio plus-value / succession / fortune, c'est exactement le triptyque qui alourdit le patrimoine d'un contribuable français, et c'est précisément celui qui s'efface ici.
L'exonération que peu de gens connaissent : la transmission aux héritiers
Voilà un détail que je tamponne « validé » à deux mains, parce qu'il fait toute la différence sur le terrain. En temps normal, quand un bien immobilier change de mains à Maurice, il y a deux taxes qui tombent : une taxe sur le transfert foncier côté vendeur, un droit d'enregistrement côté acquéreur. Ce sont les frottements classiques d'une vente ordinaire.
Mais quand un bien immobilier est transmis aux héritiers d'une personne — donc dans le cadre d'une succession — il est exonéré de cette taxe de transfert foncier et de ce droit d'enregistrement. Autrement dit, l'île ne profite pas de ton décès pour faire caisse. Les héritiers récupèrent le bien sans que la machine fiscale mauricienne se réveille. Combine ça avec l'absence de droits de succession locaux, et tu obtiens, côté Maurice, une transmission immobilière quasi neutre fiscalement. C'est rare, et c'est réel.
Le piège français : ce n'est pas Maurice qui décide qui te taxe
Maintenant je pose ma tasse et je te regarde dans les yeux, parce que c'est ici que je vois le plus de gens se planter. Le fait que Maurice ne taxe pas ne veut absolument pas dire que personne ne te taxera. La question n'est pas « qu'est-ce que Maurice prend ? », c'est « quel pays est compétent pour te taxer ? ». Et la réponse dépend de ta résidence fiscale et de la convention entre les deux pays.
La convention de 1980, et son grand silence
La France et Maurice ont signé en 1980 une convention pour éviter la double imposition des revenus. Bonne chose, elle existe et elle organise pas mal de situations sur les revenus et les dividendes. Sauf que — et c'est le point que personne ne te dit au dîner — cette convention est muette sur les successions. Elle ne couvre pas les droits de succession.
Conséquence directe, et c'est le piège : si tu es toujours considéré comme résident fiscal français, un bien immobilier situé à Maurice que tu détiens peut être soumis aux droits de succession français à ton décès. Le droit mauricien ne prévoit rien, d'accord. Mais le vide côté convention laisse la France appliquer ses propres règles à ton patrimoine mauricien. Tu croyais avoir échappé aux droits de succession en achetant à Grand Baie ? Si ta résidence fiscale est restée française, l'administration française peut parfaitement venir chercher sa part. « À éviter » : croire qu'acheter à Maurice suffit à sortir un bien du champ français.
La plus-value française reste française
Même logique côté plus-value. La convention est claire sur un principe simple : une plus-value sur un bien immobilier situé en France reste imposable en France. Donc si tu gardes des biens en métropole et que tu les revends, le fait de vivre sous les cocotiers ne les fait pas passer sous le régime « zéro plus-value » mauricien. Le lieu du bien et ta résidence commandent, pas l'adresse de ta carte postale.
L'exit tax, le péage de sortie
Et si tu décides de transférer officiellement ta résidence fiscale hors de France pour de bon ? Attention à l'exit tax. Au moment où tu quittes fiscalement la France, une imposition sur les plus-values latentes peut s'appliquer si tu détiens des titres dépassant un certain seuil — de l'ordre de 800 000 euros de titres, ou une participation supérieure à la moitié d'une société. Elle peut être suspendue quand tu t'installes dans un pays lié à la France par une convention, mais elle redevient définitivement due si tu revends dans un délai court après ton départ. Bref, la sortie a un péage, et il se prépare en amont avec un vrai conseil, pas sur un coin de table.
Et sur une revente ordinaire, ça coûte quoi ?
Pour être honnête et complet — parce que je déteste les articles qui ne montrent que le beau côté — voici les frottements d'une transaction classique, hors succession. Sur une vente ordinaire de bien immobilier à Maurice, on est autour de 5 % de taxe de transfert foncier côté vendeur et 5 % de droit d'enregistrement côté acquéreur. Ce sont les ordres de grandeur de référence pour une transaction standard.
Un point d'actualité à surveiller, parce que ça bouge en ce moment (données de mi-2026) : pour les acheteurs étrangers passant par certains schémas d'investissement encadrés par l'Economic Development Board, ces taux tendent à grimper, avec des évolutions annoncées vers 10 % côté acquéreur non-citoyen et des règles renforcées côté revente. Comme tous les taux qui bougent, prends ça comme une fourchette datée à revérifier au moment de signer, pas comme une vérité gravée. Le régime « zéro plus-value / zéro succession » reste, lui, la colonne vertébrale stable du système.
L'adresse du passeur : te poser avant de décider
Un conseil d'initié qui n'a rien de fiscal mais qui change tout : ne prends aucune décision de patrimoine à Maurice depuis ton salon en France. Viens. Passe du temps sur l'île, teste les quartiers, rencontre un notaire local, sens si tu te vois y vivre vraiment ou juste y placer de l'argent. Et pour ça, il te faut une base, pas un hôtel anonyme d'où tu ne verras rien de la vraie vie mauricienne.
Mon adresse à moi, celle que je refile aux gens sérieux qui veulent poser leur projet au calme : lemandalamoris, à la Pointe aux Canonniers, avec ses appartements sur le Domaine de Grand Baie. C'est un boutique-hôtel à taille humaine, pile dans le nord où se joue l'essentiel de l'immobilier qui t'intéresse, à distance de marche des notaires, des agences et des cafés où l'on parle affaires sans en avoir l'air. Tu y prends tes marques, tu rayonnes sur les quartiers, et tu reviens le soir dans un endroit où l'on te connaît. Pour poser un projet de transmission ou de revente, crois-moi, mieux vaut le mûrir depuis un vrai pied-à-terre que depuis une chambre standard face au parking.
Petit rappel pratique tant qu'on y est, parce que la question tombe toujours : en tant que ressortissant français ou de l'Union européenne, tu entres à Maurice sans visa, pour un séjour pouvant aller jusqu'à six mois (180 jours) par année civile, à l'arrivée à l'aéroport de Plaisance (MRU). Largement de quoi venir tester ton projet plusieurs fois sans stress administratif.
Ce que je te conseille de retenir
Maurice ne taxe ni la plus-value, ni la succession, ni la donation, ni la fortune, et elle exonère même la transmission immobilière aux héritiers de la taxe de transfert et du droit d'enregistrement. Sur le papier local, c'est un des environnements les plus doux qui existent pour organiser un patrimoine. Ça, c'est du solide, tamponné « validé ».
Mais — et je le répète parce que c'est là que ça se joue — l'absence d'impôt à Maurice ne t'exonère de rien tant que la France peut encore te considérer comme l'un des siens. La résidence fiscale et la convention de 1980, silencieuse sur les successions, décident qui a le droit de te taxer. Un bien mauricien détenu par un résident français peut rester dans le collimateur des droits de succession français ; une plus-value sur un bien français reste française ; et sortir de France a son exit tax.
Mon vrai conseil de passeur : traite le volet mauricien comme une opportunité formidable, mais fais valider ton montage par un professionnel qui maîtrise les deux côtés de la convention. Le zéro impôt mauricien est une base extraordinaire ; c'est le raccord avec le fisc français qui fait ou défait ton projet. Prépare-le bien, viens le mûrir sur place, et tu transformeras un rêve de brochure en une vraie stratégie qui tient debout.