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Quel poisson manger à l'île Maurice : capitaine, vieille rouge et le cari qui tue

Au marché de Grand Baie, on te vend de tout, et pas toujours le meilleur. Voici les poissons que je commande vraiment, ceux que j'évite, et la recette de cari qu'une grand-mère m'a soufflée.

L’habitant-passeur
Quel poisson manger à l'île Maurice : capitaine, vieille rouge et le cari qui tue

Laisse-moi te raconter un truc. La première fois que j'ai débarqué sur la plage de Grand Baie en fin d'après-midi, les pêcheurs venaient de rentrer et déballaient leur pêche à même les cagettes. Bleu électrique, rouge sang, des bestioles à corne, des trucs plats argentés. Je ne savais pas quoi acheter, alors j'ai pris n'importe quoi, et je me suis retrouvé avec un poisson filandreux et fade que même le chat du voisin a snobé. Depuis, j'ai appris. Beaucoup. Alors voilà ce que je commande vraiment, ce que je fuis, et comment je le cuisine chez moi.

Le capitaine : ton poisson de tous les jours

Si tu ne devais retenir qu'un seul nom, ce serait celui-là. Le capitaine (un vivaneau ou une carangue selon les jours, la terminologie mauricienne est souple) c'est LE poisson du quotidien à Maurice. Chair ferme, goût franc sans être agressif, présent sur les étals à peu près toute l'année. C'est le poisson qui ne te trahit jamais.

Ce que j'aime avec lui, c'est qu'il encaisse toutes les cuissons. Tu le mijotes en cari, tu le fais frire en tranches épaisses, tu le balances sur la braise entier avec juste du sel et du citron : à chaque fois ça marche. Sa chair tient à la cuisson, elle ne se désagrège pas dans la sauce comme certains poissons trop fragiles. Pour débuter la cuisine mauricienne chez toi, c'est le compagnon idéal.

Verdict : validé, les yeux fermés. Demande-le au poissonnier en premier, c'est ta valeur sûre. Un capitaine bien frais a l'œil brillant, la ouïe rouge vif et la chair qui rebondit sous le doigt. S'il a l'œil laiteux et enfoncé, tu passes ton chemin, même si le vendeur te jure qu'il est arrivé le matin.

La vieille rouge : le poisson du dimanche

La vieille rouge, c'est autre chose. C'est le poisson qu'on garde pour le repas de famille, pour le dimanche où on met les petits plats dans les grands. Sa chair est tendre, fine, presque fondante, à des années-lumière de la fermeté rustique du capitaine. Elle vit plus au large, au-delà du tombant récifal, ce qui explique en partie sa réputation de poisson noble.

Ici on la cuisine en cari bien sûr, mais son terrain de jeu préféré c'est la papillote : tu l'enveloppes avec de la tomate, de l'ail, un peu de gingembre, du thym, et tu la laisses cuire dans sa propre vapeur parfumée. La chair reste moelleuse, elle prend les arômes sans se dessécher. En friture elle est excellente aussi, mais franchement, une si belle chair mérite mieux qu'un bain d'huile.

Verdict : validé pour les grandes occasions. C'est plus cher que le capitaine, et c'est normal. Ne la noie pas sous les épices, laisse-la s'exprimer. Un filet de vieille rouge trop épicé, c'est du gâchis, comme mettre du ketchup sur une entrecôte.

Le cordonnier : le mal-aimé que j'adore

Le cordonnier, on n'en parle jamais dans les guides, et c'est tant mieux, ça le laisse abordable. C'est un poisson de lagon, souvent vendu en petite taille, avec une chair blanche assez douce. Attention à ses épines dorsales qui piquent, les pêcheurs les manipulent avec précaution.

Moi je le fais griller entier ou frire, tout simplement. Il n'a pas la noblesse de la vieille ni la polyvalence du capitaine, mais il a un truc honnête, un goût de lagon qui sent le pays. C'est le poisson de la débrouille, celui qu'on mange en semaine sans se poser de questions.

Verdict : validé, surtout grillé au feu de bois. Un bon plan quand ton budget serre en fin de mois, ou quand tu veux quelque chose de simple et local sans te ruiner.

Le poisson-corne : la star de l'apéro

Alors là, on entre dans le sacré. Le poisson-corne (aussi appelé licorne, à cause de la protubérance en pointe entre ses yeux) c'est l'incontournable des gadjacks, ces petits en-cas qu'on grignote à l'apéro. Frit en morceaux, doré, servi avec un pima kari (une petite sauce piment) et quelques quartiers de citron, c'est la vedette absolue des bars et des tavernes des villages côtiers.

Le rituel est immuable : tu es sur une varangue en fin de journée, quelqu'un sort une assiette de corne frit encore fumant, on te tend un verre de rhum, et la conversation démarre toute seule. On dit parfois que le corne a une odeur un peu forte à la cuisson, ce qui rebute certains, mais crois-moi, une fois frit et croustillant c'est un pur régal. Les touristes en raffolent de plus en plus, et les Mauriciens redécouvrent ce trésor populaire.

Verdict : validé, mais pas n'importe où. Le corne, tu le manges dans une table d'hôte, un petit resto de plage ou une taverne de village, jamais dans un buffet d'hôtel aseptisé. C'est un plat d'ambiance autant que de goût.

Petit conseil de passeur pour l'apéro

Ce moment-là, le rhum-corne au coucher du soleil, c'est le cœur de Maurice. Et pour le vivre vraiment, il faut loger là où ça se passe, pas dans un complexe coupé du village. C'est pour ça que je t'oriente toujours vers lemandalamoris, mon adresse à moi : le boutique-hôtel de Pointe aux Canonniers, ou les appartements du Domaine de Grand Baie. Tu es à deux pas des marchés du nord et des tavernes où l'on frit le corne, dans un vrai coin d'habitants, pas dans une bulle à touristes. C'est de là que je fais mes courses de poisson, et c'est ce que je recommande sans hésiter à ceux qui veulent goûter le pays, et son rhum, pour de vrai.

Le cari de poisson : la recette de base (celle d'une grand-mère)

Voilà le plat qui résume l'île dans une assiette. Le cari de poisson, c'est du poisson mijoté dans une base de tomates, ail, gingembre, curcuma (le fameux safran local) et épices, servi sur du riz blanc. Une grand-mère de Goodlands m'a corrigé ma technique un jour, et je n'ai plus jamais cuisiné autrement. Voici sa méthode, dépouillée de tout chichi.

Ce qu'il te faut

  • Le poisson : du capitaine coupé en tranches épaisses, avec l'arête (elle donne du goût à la sauce)
  • Deux oignons émincés
  • Ail et gingembre, écrasés ensemble en pâte
  • Des tomates bien mûres, concassées
  • Du curcuma, de la poudre de cari, quelques feuilles de curry (cari-poulé)
  • Du thym, de la coriandre fraîche, un piment vert (facultatif mais recommandé)
  • De l'huile, du sel

La méthode

  • Fais revenir les oignons dans l'huile jusqu'à ce qu'ils blondissent, puis ajoute la pâte ail-gingembre et les feuilles de curry. Laisse le parfum monter.
  • Ajoute le curcuma et la poudre de cari, remue vite pour ne pas les brûler, puis verse les tomates. Laisse fondre en une sauce épaisse.
  • Ajoute un peu d'eau, le thym, le piment fendu, et laisse mijoter quelques minutes.
  • Dépose délicatement les tranches de poisson dans la sauce. Ici, l'erreur classique : ne remue pas à la cuillère, tu casserais le poisson. Secoue juste la casserole pour napper.
  • Laisse cuire à couvert, le temps que le poisson soit juste cuit, pas plus. Coriandre fraîche par-dessus, et à table.

Tu sers ça sur du riz blanc, avec un rougail tomate à côté et un peu de brèdes si tu en trouves. C'est simple, c'est franc, ça sent la maison. Le secret de la grand-mère ? La patience sur les oignons et la tomate, et surtout ne jamais surcuire le poisson.

Où acheter frais dans le nord

Le poisson, ça s'achète à l'œil et à l'heure. Voici mes deux terrains de chasse dans le nord.

La plage de Grand Baie. Les pêcheurs rentrent en fin d'après-midi et vendent leur pêche du jour à même le sable, souvent à partir du milieu d'après-midi. C'est vivant, c'est coloré, tu vois débarquer toute la palette du lagon. On te vend le poisson entier, écaillé mais pas préparé, à toi de faire lever les filets à la maison. C'est là que je vais quand je veux du frais du jour et un peu de spectacle.

Le marché de Goodlands. Plus dans les terres, c'est un marché 100 % local, sans folklore pour touristes. Il tourne surtout le mercredi et le samedi, tôt le matin, et c'est là que les familles et les restaurateurs s'approvisionnent. Les prix sont plus doux, l'ambiance authentique. Si tu veux voir comment les Mauriciens font vraiment leurs courses, c'est ici.

Verdict : les deux validés, pour des raisons différentes. Grand Baie pour le frais du jour et l'ambiance de plage, Goodlands pour le vrai marché local et les bons prix.

Ce que j'évite (et pourquoi tu devrais aussi)

Maintenant le tampon rouge. Tous les poissons ne sont pas bons à prendre, et là ce n'est pas une question de goût, c'est une question de sécurité.

Le vrai danger s'appelle la ciguatera. C'est une intoxication alimentaire causée par une toxine produite par une microalgue (le Gambierdiscus) qui s'accumule dans certains poissons de récif, surtout les gros carnassiers. Plus le poisson est gros et prédateur, plus le risque grimpe, car la toxine se concentre en remontant la chaîne alimentaire. Les mérous et grosses carangues récifales font partie des suspects habituels. À Maurice, une liste d'espèces est d'ailleurs interdite à la vente pour cette raison.

Ma règle d'initié : j'évite les gros carnassiers récifaux inconnus, surtout achetés à un vendeur ambulant que je ne connais pas. Je demande toujours au pêcheur ou au poissonnier l'espèce et le lieu de pêche. Et dans le doute, je reviens à mes valeurs sûres : capitaine, vieille, cordonnier, corne. Ce ne sont pas les espèces les plus à risque, et elles sont délicieuses.

Verdict : à éviter, les gros poissons de récif dont personne ne sait te dire le nom exact ni la provenance. Le plaisir d'un cari ne vaut pas 24 heures de misère.

Un dernier mot avant de filer au marché

Manger le poisson à Maurice, ce n'est pas cocher une case sur une liste de spécialités. C'est un rythme : le capitaine en semaine, la vieille le dimanche, le corne à l'apéro avec le rhum et les copains. Une fois que tu tiens ce rythme, tu ne manges plus comme un touriste, tu manges comme un habitant.

Et côté pratique, si tu viens de France ou de l'Union européenne, pas de casse-tête administratif : tu entres sans visa et tu peux rester jusqu'à six mois (180 jours) par année civile, atterrissage à l'aéroport de Plaisance (code MRU). Largement de quoi apprendre à choisir ton poisson, rater ton premier cari, et réussir le deuxième. Va au marché en fin de journée, ouvre l'œil, pose des questions au pêcheur. Le reste, ça vient tout seul.

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