Poissons de l'île Maurice : le petit guide du lagon pour reconnaître ce que vous voyez en snorkeling
Masque sur le nez, tu vois du jaune, du rayé, du fluo qui file entre les coraux — mais c'est quoi au juste ? Voici mon guide de terrain pour mettre un nom sur les poissons du lagon mauricien, sans jamais rien toucher.

La première fois que tu mets la tête sous l'eau ici, tu ne sais plus où regarder. Ça grouille, ça brille, ça file entre les patates de corail. Et tu ressors avec une seule question en bouche : c'était quoi, ce truc jaune et noir qui me tournait autour ? Je me suis posé la même exactement, il y a des années, un masque bon marché sur le nez à Trou aux Biches. Depuis, à force de plonger le nez dans le lagon presque chaque semaine, j'ai fini par mettre des noms sur les habitants. Alors installe-toi, je te fais les présentations. Pas de latin barbant, juste ce que tu vas vraiment croiser et comment le reconnaître du premier coup d'œil.
Le lagon mauricien, un aquarium géant (et tiède)
Avant les poissons, un mot sur le décor, parce qu'il explique tout le reste. Le lagon de Maurice, c'est environ 300 km² d'eau calme retenue par la barrière de corail qui ceinture presque toute l'île. C'est le plus grand lagon de l'océan Indien, et surtout il reste tiède toute l'année, entre 24 et 29 °C. Traduction concrète : tu n'as jamais vraiment froid, même en juillet, et tu peux barboter une heure sans grelotter. La visibilité, elle, dépasse fréquemment les 20 mètres quand le temps est calme. C'est ça qui fait la magie : tu vois loin, tu vois net, tu vois tout.
Mon conseil de passeur : le meilleur moment, c'est le matin, avant que le vent ne se lève et ne remue le sable. Entre 8 h et 11 h, l'eau est un miroir et les poissons sont de sortie. L'après-midi, dès que ça clapote, la visibilité tombe et tu passes ton temps à recracher de l'eau salée. Validé : le créneau du matin.
Les stars que tu vas croiser à coup sûr
Les poissons-papillons — les couples inséparables
Ce sont eux que tu remarqueras en premier. Petits, plats comme une pièce, souvent jaune vif zébré de noir, avec parfois un faux œil près de la queue pour tromper les prédateurs. Le détail qui tue : ils vivent souvent en couple fidèle et tu les vois presque toujours à deux, à fouiner ensemble entre les branches de corail. Quand tu en repères un, cherche son partenaire, il n'est jamais loin. Ils sont omniprésents sur tous les spots du lagon, c'est le poisson-carte-postale par excellence. Inoffensifs, curieux, ils te laissent approcher si tu restes calme. Validé : le premier nom à apprendre.
Les poissons-chirurgiens — attention au scalpel
Souvent bleus ou d'un beau jaune franc, corps ovale, ils nagent parfois en bancs qui broutent les algues. Leur nom vient d'une petite lame tranchante planquée de chaque côté, juste avant la queue — d'où « chirurgien ». Tu ne risques rien tant que tu ne les attrapes pas (ce que tu ne feras jamais, on est d'accord). Le chirurgien bleu poudré, tout rond et pastel, est un classique des platiers. Regarde-les brouter : c'est eux, entre autres, qui entretiennent le récif en le débarrassant des algues.
Les poissons-perroquets — le crac-crac du récif
Mon préféré. Gros, colorés comme un pot de peinture renversé — vert, turquoise, rose, orange — avec un « bec » qui ressemble vraiment à celui d'un perroquet. Ce bec, c'est un outil : ils grignotent le corail pour manger les algues qui poussent dessus. Si tu tends l'oreille sous l'eau, tu entends parfois un crac-crac discret : c'est eux. Petit fait qui plaît toujours aux enfants : une bonne partie du sable blanc sur lequel tu poses ta serviette, c'est du corail digéré et recraché par les perroquets. Oui, tu bronzes sur du caca de poisson. De rien.
Les demoiselles — les petites teigneuses fluo
Minuscules, souvent d'un bleu électrique ou noir et jaune, elles zigzaguent autour des coraux et ne s'éloignent jamais de leur territoire. Ne te fie pas à leur taille : certaines demoiselles sont de vraies teigneuses qui viennent te foncer dessus si tu approches trop de leur bout de récif. Elles ne te feront rien, évidemment, mais leur culot est attendrissant. Les demoiselles à queue jaune sur fond bleu nuit, en petits nuages au-dessus des coraux, c'est un des plus beaux spectacles du lagon.
Les habitants à respecter — et un à ne surtout pas toucher
Le poisson-lion — magnifique et venimeux
Celui-là, retiens-le bien. Le poisson-lion est un des plus beaux du lagon : rayé rouge-brun et blanc, avec de longues nageoires déployées comme un éventail de plumes. Il est hypnotique, il flotte lentement, il n'a peur de rien. Et pour cause : ces belles plumes sont des épines venimeuses. Il est bel et bien présent dans le lagon mauricien, et une piqûre, c'est une douleur intense et une soirée fichue, voire l'hôpital. La règle est simple et sans exception : tu l'admires, tu le prends en photo, mais tu gardes tes distances et tu ne le touches jamais. Il ne t'attaquera pas, il n'est pas agressif — le danger, c'est le contact. À éviter : tendre la main. Toujours.
Les murènes — la grande gueule des trous
Tu la repères souvent à sa tête qui sort d'un trou de corail, la gueule ouverte qui s'ouvre et se ferme. Ça a l'air menaçant, mais en réalité elle fait juste passer l'eau sur ses branchies pour respirer. La murène ne sort pas pour t'attaquer. Le seul moyen de te faire mordre, c'est de mettre les doigts dans son trou — ce que, tu l'as compris, on ne fait jamais dans le lagon. Observe-la de loin, sa peau tachetée est superbe. Laisse-la tranquille et elle t'ignore royalement.
Les poissons-clowns — cherche l'anémone
Tout le monde connaît « Nemo ». Orange barré de blanc, petit, il vit blotti dans une anémone dont les tentacules urticants le protègent (lui y est immunisé). Pour le trouver, ne cherche pas le poisson : cherche l'anémone, cette grosse fleur molle posée sur le récif. Il y a de bonnes chances qu'un couple de clowns y monte la garde et vienne te regarder de travers. Ils sont territoriaux et courageux pour leur taille, un régal à observer. Ne dérange pas l'anémone, c'est leur maison.
Où plonger le nez : mes meilleurs spots
Blue Bay, le classique du sud-est
Si tu ne devais faire qu'un spot, ce serait celui-là. Le parc marin de Blue Bay est une réserve protégée : parc national depuis 1997, et même classé site Ramsar (zone humide d'importance internationale) depuis 2008. Concrètement, ça veut dire un écosystème préservé qui abrite environ 38 espèces de coraux et 72 variétés de poissons, dont le plus vieux corail cerveau de l'océan Indien. Tu prends un bateau à fond de verre depuis la plage, ou tu palmes directement depuis le bord dans les zones autorisées. Le jardin de corail y est spectaculaire. Attention quand même : c'est fréquenté, va-y tôt et laisse les palmes loin des coraux. Validé : incontournable.
Les îlots du nord — mon terrain de jeu
Depuis le nord de l'île, autour de Grand Baie et de la Pointe aux Canonniers, tu as accès aux îlots du nord : l'île Plate, l'îlot Gabriel, le Coin de Mire. Une petite sortie en bateau et tu te retrouves dans des eaux turquoise à faire pleurer, avec des fonds vivants et beaucoup moins de monde qu'à Blue Bay. C'est là que j'emmène les gens qui restent dans le nord. Trou aux Biches, juste à côté, offre aussi un snorkeling accessible depuis la plage, parfait pour une première fois avec les enfants.
D'ailleurs, un mot pour ceux qui veulent poser leurs valises dans le nord et rayonner vers ces îlots sans se prendre la tête : l'adresse que je refile à mes proches, c'est le Mandala Morris — un boutique-hôtel à la Pointe aux Canonniers, avec aussi des appartements au Domaine de Grand Baie. Tu es à deux pas des départs de bateau pour les îlots, dans un coin calme et bien tenu, et tu rentres te rincer sous une vraie douche entre deux palanquées. Pour un séjour snorkeling dans le nord, c'est le genre de base qui te simplifie la vie. Reco de passeur, pas de brochure.
Le matériel : simple, mais bien réglé
Pas besoin de te ruiner. Pour barboter dans le lagon, il te faut :
- Un masque qui ne fuit pas — c'est le seul point sur lequel ne pas transiger. Teste-le à sec : tu l'appliques sans l'élastique, tu inspires par le nez, il doit tenir seul. S'il tombe, il fuira dans l'eau.
- Un tuba simple — pas besoin des modèles high-tech à valve, un basique suffit.
- Des palmes — confortables mais pas obligatoires si tu restes près du bord. Elles aident dès qu'il y a un peu de courant.
- Un lycra ou un tee-shirt — le meilleur ami de ton dos. Le soleil du lagon cogne à travers l'eau et on ressort cramé sans s'en rendre compte.
- Des chaussons d'eau — utiles sur les fonds où traînent oursins et coraux, et contre le dard de la raie pastenague si tu marches sans regarder.
Un tube de crème solaire respectueuse du récif (sans oxybenzone) plutôt que la lotion classique qui empoisonne les coraux : petit geste, gros effet à l'échelle du lagon.
La seule règle qui compte : ne touche à rien
Je te le dis franchement parce que ça me tient à cœur. Le corail, ce n'est pas de la pierre : c'est vivant, et un simple contact de palme ou de main peut l'abîmer pour des années. Alors la règle est toute bête : tu regardes avec les yeux, jamais avec les mains. Ne marche pas sur les coraux, ne te tiens pas debout dessus quand tu es fatigué (fais la planche), ne ramasse aucun coquillage vivant, ne nourris pas les poissons (ça déséquilibre tout), et ne poursuis pas la faune. Un bon snorkeleur, c'est un fantôme : il passe, il admire, il ne laisse aucune trace.
Fais ça, et le lagon te le rendra au centuple. Tu ressortiras avec ce petit sourire idiot du type qui vient de voir passer un banc de perroquets fluo à trente centimètres de son masque. Et la prochaine fois qu'on te demandera « c'était quoi, ce truc jaune ? », c'est toi qui feras le passeur. Bon plouf.
Bon à savoir avant de venir : côté formalités, si tu es ressortissant français ou de l'Union européenne, tu entres à Maurice sans visa pour un séjour touristique pouvant aller jusqu'à six mois (180 jours) par année civile. Arrivée à l'aéroport de Plaisance (code MRU), au sud de l'île — pratique, tu es à deux pas de Blue Bay.