Culture, histoire & société

Population de l'île Maurice : combien d'habitants et qui sont-ils

On arrête de recopier les vieux chiffres de 2017 : voici le vrai compte de la population mauricienne, à jour de fin 2024. Combien vous êtes sur ce caillou, où les gens vivent pour de vrai, et pourquoi l'île se remplit et vieillit en même temps.

L’habitant-passeur
Population de l'île Maurice : combien d'habitants et qui sont-ils

Il y a une phrase que je lis partout, sur les blogs voyage et même dans certains guides papier : « l'île Maurice compte environ 1,3 million d'habitants ». Ce n'est pas faux, mais c'est paresseux. Le chiffre traîne depuis 2017, personne ne le vérifie, et surtout il rate la vraie histoire : la population mauricienne a arrêté de grimper. Elle recule, doucement, pour la première fois depuis des décennies. Alors on va faire ça proprement, avec les vrais chiffres de Statistics Mauritius, et je t'explique ce que ça change quand tu poses tes valises ici.

Combien d'habitants à l'île Maurice, vraiment

Le décompte officiel, c'est Statistics Mauritius qui le publie, chaque fin d'année. Au 31 décembre 2024, voici les chiffres à retenir :

  • 1 199 834 habitants sur l'île principale de Maurice (celle où atterrit ton avion, à MRU).
  • 1 244 477 habitants pour la République de Maurice dans son ensemble.

La différence entre les deux, ce sont les autres îles de la République. D'abord Rodrigues, à 600 km à l'est, avec ses 44 313 habitants : une petite île volcanique, plus lente, plus créole, où le temps s'écoule autrement. Ensuite Agalega, deux confettis au nord peuplés de quelques centaines d'âmes seulement, plus les Saint-Brandon inhabités. Autrement dit, quand un touriste dit « Maurice », il parle à 96 % de l'île principale. Le reste, c'est un autre pays dans le pays.

Et le détail qui change tout : entre fin 2023 et fin 2024, la République a perdu 2 840 habitants, soit une baisse de 0,23 %. Ça paraît minuscule. Ça ne l'est pas. C'est un basculement. On était habitués à une île qui gonflait ; on a maintenant une île qui se contracte. Je vais y revenir, parce que c'est là que ça devient intéressant.

Une île petite et pleine : la question de la densité

Voici le truc que les chiffres bruts ne te disent pas : Maurice est minuscule. La superficie terrestre de l'île principale, c'est environ 1 865 km² — grosso modo 65 km sur 45 km. Tu traverses l'île en voiture en moins de deux heures, embouteillages compris (et il y a des embouteillages, crois-moi).

Colle un million deux cent mille personnes sur ce mouchoir de poche, et tu obtiens une densité d'environ 642 habitants au km² pour l'île principale. Pour te donner une idée, c'est presque le double de la densité de la France métropolitaine. Maurice est l'un des pays les plus densément peuplés d'Afrique, et de loin.

Concrètement, ça veut dire quoi pour toi ? Que l'image de la carte postale — la plage déserte, le lagon rien que pour toi — c'est vrai le matin tôt et dans certains coins précis, mais que dès que tu quittes le sable, tu es dans un pays dense, vivant, parfois bruyant. Les villages s'enchaînent sans coupure, les maisons grignotent la canne à sucre, et il n'y a quasiment pas de « nulle part » à Maurice. Ce n'est pas un défaut. C'est juste une réalité que la brochure oublie de mentionner.

Où vivent vraiment les Mauriciens

Alors là, attention, gros contresens de touriste. Tu crois que les gens habitent sur les côtes, là où sont les hôtels ? Faux. Les Mauriciens vivent en grande majorité sur le plateau central, à l'intérieur des terres, en altitude, là où il fait plus frais et où il pleut plus souvent.

Le plateau central, le vrai cœur peuplé

C'est ici que se concentre la population. Une conurbation quasi continue relie plusieurs villes que le voyageur moyen ne verra jamais :

  • Beau-Bassin–Rose Hill : plus de 110 000 habitants, environ un dixième de l'île à elle seule.
  • Vacoas-Phoenix : autour de 106 000 habitants, ceinture résidentielle et commerçante.
  • Curepipe : perchée à environ 550 m d'altitude, connue pour son crachin permanent et son air frais — les Mauriciens de la côte y montent chercher un pull, littéralement.
  • Quatre Bornes : la ville-marché, son marché textile du jeudi et dimanche est une institution.

Ces villes forment le poumon économique et résidentiel du pays. Climat plus doux, loyers souvent plus abordables, vie locale authentique. Si tu veux comprendre Maurice au-delà du buffet d'hôtel, c'est là qu'il faut aller traîner. Validé, à condition d'accepter les averses.

Port-Louis, la capitale qui se vide le soir

La capitale, Port-Louis, compte plus de 155 000 habitants et c'est la plus grande ville du pays. Coincée entre la montagne et le port sur la côte nord-ouest, elle concentre le pouvoir politique, les sièges bancaires, la douane, le port de commerce. Mais c'est une ville de bureau : elle bout en semaine à midi et se vide le soir. Le week-end, le centre est presque fantomatique. À voir absolument pour le marché central, le Caudan, le quartier chinois — mais n'espère pas y sentir la vie de quartier, elle est ailleurs.

Les côtes, plus touristiques qu'habitées

Le Nord (Grand Baie, Pointe aux Canonniers, Trou aux Biches), l'Ouest (Flic en Flac, Tamarin) et une partie de l'Est concentrent l'hôtellerie, les résidences et de plus en plus d'expatriés et de retraités. Ce sont des zones densément bâties mais dont la population « officielle » reste modeste comparée au plateau : beaucoup de résidences secondaires, de locations, de vas-et-vient.

Petit conseil d'initié, tant qu'on parle du Nord : si tu cherches une base pour explorer sans t'enfermer dans un resort tout-inclus déconnecté du pays, l'adresse que je refile aux gens que j'aime bien, c'est Le Mandala Moris, à Pointe aux Canonniers — un boutique-hôtel à taille humaine, avec aussi des appartements du côté du Domaine de Grand Baie. Tu es à deux pas de l'animation de Grand Baie mais tu dors au calme, et tu croises de vrais Mauriciens, pas juste du personnel en uniforme. C'est le genre de point de chute qui te fait comprendre la densité dont je te parle : tu poses ta serviette sur une plage tranquille le matin, et dix minutes plus tard tu es dans le bruit et la vie d'un village. Le vrai Maurice, quoi.

Natalité en baisse, île qui vieillit : le vrai virage

Maintenant, la partie que les vieux blogs de 2017 ne pouvaient pas voir venir. Maurice ne fait plus assez d'enfants, et sa population vieillit vite.

L'indice de fécondité est tombé autour de 1,4 enfant par femme, très en dessous du seuil de renouvellement des générations (2,1). En 2025, on comptait environ 13 250 naissances, pour un taux brut de natalité autour de 10,7 pour 1 000 habitants. Dans le même temps, il y a eu davantage de décès — de l'ordre de 12 700 — ce qui ne laisse plus qu'un accroissement naturel famélique de quelques centaines de personnes par an.

Ajoute à ça un solde migratoire négatif : de l'ordre de –3 000 sur l'année, c'est-à-dire que plus de gens quittent l'île qu'il n'en arrive (beaucoup de jeunes Mauriciens diplômés partent travailler en Europe, en Australie, au Canada). Additionne accroissement naturel quasi nul et émigration des jeunes, et tu obtiens ta baisse de population.

Côté vieillissement, les personnes de 65 ans et plus représentent aujourd'hui autour de 13 % de la population. Les projections tablent sur plus de 20 % d'ici 2040. Autrement dit, l'île que tu visites est en train de basculer vers une société âgée, à l'européenne, mais bien plus vite que ce que la plupart des visiteurs imaginent. Le gouvernement s'en inquiète et multiplie les incitations à la natalité — pour l'instant sans grand effet.

Arrêtons de citer les chiffres de 2017

Si tu retiens une chose : méfie-toi des données que tu lis en ligne sur la population mauricienne. Beaucoup de sites recopient des chiffres du recensement de 2011 ou des estimations de 2017-2019, à l'époque où l'île frôlait 1,26 million et grimpait encore. Ce récit-là est périmé.

La réalité de 2025, c'est une île qui a franchi son pic, qui redescend doucement, qui vieillit et dont les jeunes partent. Ce n'est pas dramatique — Maurice reste dynamique, prospère à l'échelle régionale, et incroyablement accueillante. Mais c'est un pays différent de celui décrit il y a huit ans, et ça mérite qu'on le dise avec les bons chiffres.

Et toi, en tant que visiteur, ça change quoi ?

Bonne nouvelle pour terminer sur le concret : si tu es ressortissant français ou de l'Union européenne, tu n'as pas besoin de visa pour venir. Tu entres avec ton passeport valide, et tu peux séjourner jusqu'à 6 mois (180 jours) par année civile en tant que touriste, sans démarche préalable — l'arrivée se fait à l'aéroport international SSR (code MRU), au sud-est de l'île. C'est l'une des raisons pour lesquelles autant de retraités et de télétravailleurs européens finissent par s'installer plus longtemps : l'île Maurice est facile d'accès, densément peuplée mais à échelle humaine, anglophone et francophone à la fois.

Voilà. Un million deux cent mille personnes sur un caillou de 65 km de long, majoritairement sur le plateau, de moins en moins nombreuses et de plus en plus âgées. Maintenant tu sais qui sont tes voisins mauriciens pour la durée de ton séjour. Et crois-moi, ils valent le détour bien plus que le lagon.

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