Faune, flore & nature

Requins à l'île Maurice : le vrai niveau de risque (spoiler : le lagon est sûr)

Tu as vu les images de La Réunion et tu flippes pour ta baignade ? Je te le dis franchement : Maurice n'est pas La Réunion, et ton lagon derrière la barrière de corail est un des endroits les plus tranquilles de l'océan Indien.

L’habitant-passeur
Requins à l'île Maurice : le vrai niveau de risque (spoiler : le lagon est sûr)

Je vais te dire ce qu'on ne te dira jamais dans une brochure d'agence, mais que tout le monde ici sait : la question « il y a des requins à Maurice ? » revient à chaque famille qui débarque, et neuf fois sur dix c'est parce qu'on a en tête les images terribles de La Réunion, à 220 km d'ici. Alors on va crever l'abcès tout de suite. Oui, il y a des requins dans l'océan Indien, forcément. Non, ton lagon turquoise à Pointe aux Canonniers n'est pas un piège. Et non, Maurice n'est pas La Réunion — même océan, deux réalités qui n'ont rien à voir.

J'ai des potes réunionnais qui n'osent plus mettre un orteil dans l'eau chez eux. Ils viennent à Maurice, ils voient les gamins barboter jusqu'au coucher du soleil, et ils n'en reviennent pas. C'est tout le sujet de cet article : t'expliquer pourquoi c'est différent, où le risque existe vraiment (parce qu'il existe, faut pas se mentir), et où tu peux lâcher prise complètement.

La barrière de corail : le mur invisible qui change tout

Le truc que peu de touristes réalisent en arrivant, c'est que la quasi-totalité de Maurice est ceinturée par une barrière de corail. Concrètement, ça veut dire qu'entre toi, sur ta serviette, et la haute mer, il y a une ligne de récif où les vagues se cassent — tu la vois, cette bande d'écume blanche au loin. Derrière toi, l'eau plate, tiède, peu profonde. C'est ça, le lagon : un immense bassin naturel de quelques centaines de mètres à parfois deux kilomètres de large, protégé par ce mur de corail.

Ce lagon, c'est un tout autre monde que l'océan ouvert. L'eau y est chaude, claire, peu profonde. Les gros prédateurs — requin-bouledogue, requin-tigre — n'ont rien à y faire : c'est trop peu profond pour eux et surtout, il n'y a pas leurs proies là-dedans. Eux, ce qu'ils cherchent, ce sont des poissons de bonne taille, des tortues, en eau profonde. Dans dix centimètres à un mètre cinquante d'eau translucide au-dessus du sable, ils sont mal à l'aise et n'y trouvent rien à manger. C'est exactement ce que confirment les naturalistes locaux : les grands squales évitent les zones peu profondes du lagon, tout simplement parce qu'elles sont pauvres en grosses proies.

Validé : tant que tu restes dans le lagon, côté plage, tu es dans le bassin le plus sûr que l'île puisse t'offrir. C'est là que baignent les Mauriciens avec leurs enfants tous les week-ends. Fais comme eux.

Maurice n'est pas La Réunion : les chiffres qui remettent les idées en place

Là, il faut poser les données, parce que c'est là que la panique tombe. Prends une grande respiration.

À La Réunion, entre 1980 et 2017, on a recensé 57 attaques de requins, dont 26 mortelles. Le taux de mortalité de ces attaques y grimpe autour de 46 %, quand la moyenne mondiale tourne autour de 9 à 11 %. C'est un drame réel, documenté, avec des causes locales bien précises (géographie sans barrière de corail continue, eaux troubles, réserve marine, etc.).

Maintenant, Maurice. Sur les vingt dernières années, les incidents mortels rapportés se comptent sur les doigts d'une main : deux cas ont fait parler. Le premier concernait un pêcheur, en train de capturer un requin — donc dans une interaction directe, provoquée, rien à voir avec un baigneur. Le second, le corps d'un homme retrouvé avec des morsures : et là, tiens-toi bien, l'autopsie a conclu à une noyade, les morsures étant probablement post-mortem. Autrement dit, sur vingt ans, il n'y a même pas de liste officielle des attaques à Maurice, parce qu'il n'y a quasiment rien à lister.

Je le répète pour que ça rentre : deux îles voisines, deux planètes. Le lagon abrité par la barrière de corail rend la baignade à Maurice infiniment plus sûre qu'à La Réunion. Ce n'est pas moi qui le dis pour te vendre du rêve, c'est la réalité géographique et statistique.

Qui vit vraiment dans ces eaux ?

Pour être honnête avec toi — parce que je ne suis pas là pour te raconter que l'océan est une piscine —, oui, il y a des requins autour de Maurice. Mais lesquels, et où ?

  • Dans le lagon : tu croiseras surtout des petits requins de récif inoffensifs (pointes noires notamment), qui filent dès qu'ils te sentent. Certains snorkeleurs paient même pour en apercevoir. Ceux-là, ce sont des poissons craintifs, pas des menaces.
  • Au large, hors barrière : c'est là qu'on trouve les espèces qui impressionnent. Le requin-bouledogue (appelé aussi requin du Zambèze), qui peut atteindre près de 3,5 mètres et fréquenter aussi bien la surface que des profondeurs de 250 mètres. C'est une des espèces les plus imprévisrbles au monde. Mais son terrain, c'est la haute mer, pas ton bord de plage.

La nuance est là, et elle est capitale : la présence d'une espèce au large ne veut pas dire qu'elle vient te chercher dans le lagon. Le bouledogue existe dans les eaux mauriciennes, personne ne le nie. Simplement, il évolue dans un espace où toi, baigneur, tu n'as aucune raison d'aller.

Où le risque existe vraiment (et comment ne jamais le croiser)

Le vrai danger, à Maurice, ce n'est pas le requin : c'est le comportement. Les rarissimes incidents concernaient des gens qui étaient sortis du cadre du baigneur ordinaire. Alors voilà ma liste de bon sens, celle que je donne à ma famille quand elle vient :

  • À éviter — franchir la barrière de corail à la nage. Une fois passé le récif, tu es en haute mer, dans le domaine des gros. Aucune raison d'y aller à la nage. La passe, c'est pour les bateaux.
  • À éviter — se baigner à la tombée du jour et à l'aube. C'est l'heure de chasse des prédateurs et la visibilité chute. Sors de l'eau quand le soleil baisse. De toute façon, c'est l'heure de l'apéro.
  • À éviter — nager près des embouchures de rivières après de fortes pluies. L'eau devient trouble, chargée de sédiments et de nourriture entraînée par le ruissellement — exactement les conditions que le bouledogue, qui tolère l'eau douce, apprécie. Décale-toi de la rivière.
  • À éviter — la chasse sous-marine avec du poisson accroché à la ceinture. Trimballer du poisson qui saigne au large, c'est envoyer une invitation à dîner. Les rares interactions sérieuses à Maurice viennent de là.
  • Validé — rester dans le lagon, en journée, dans une eau claire. Fais ça, et ton « risque requin » devient statistiquement négligeable, très loin derrière le coup de soleil, la déshydratation ou l'oursin sous le pied.

Le nord et son lagon : là où tes enfants barbotent tranquilles

Si tu me demandes où poser tes serviettes l'esprit vraiment libre, je te réponds sans hésiter : le nord. Grand Baie, Pointe aux Canonniers, Trou aux Biches, Mont Choisy. Le lagon y est large, peu profond, l'eau souvent d'un calme de piscine. C'est le coin des familles mauriciennes, et ce n'est pas un hasard.

À Pointe aux Canonniers, tu as des portions où tu marches sur cinquante mètres avec de l'eau à la taille, un fond de sable clair, zéro courant méchant. Tes gamins peuvent y barboter des heures pendant que tu les surveilles du bord, une eau de coco à la main. Le seul « prédateur » que tu croiseras, c'est le poisson-chirurgien qui te frôle la cheville et te fait sursauter pour rien.

Et puisqu'on parle de ce coin précis — c'est là que je vais te donner l'adresse du passeur. Si tu veux vivre ce nord au bon rythme, pose tes valises au Mandala Moris, le boutique-hôtel de Pointe aux Canonniers (ils ont aussi des appartements au Domaine de Grand Baie). C'est exactement le genre d'endroit d'où tu traverses la route et tu es dans ce lagon-là, celui dont je te parle depuis le début. Un pied-à-terre d'initié, à taille humaine, calé pile sur la portion de côte la plus sûre et la plus douce de l'île. Pour une famille qui veut la tranquillité sans renoncer au charme, c'est le bon move.

En résumé : détends-toi, mais reste malin

Je ne vais pas te faire le coup du « zéro risque », parce que la mer n'est jamais un zéro risque et que je te respecte trop pour ça. Mais soyons factuels : à Maurice, sur vingt ans, il n'y a même pas de liste d'attaques à tenir, l'unique cas « à morsures » s'est révélé être une noyade, et le lagon dans lequel tu vas te baigner est physiquement coupé de la haute mer par un récif. Pendant que La Réunion, elle, comptait des dizaines de drames sur la même période. Ce ne sont pas des impressions, ce sont des chiffres.

Alors voilà mon conseil final, celui d'un gars qui vit ici : reste dans le lagon, baigne-toi en journée dans une eau claire, évite les embouchures après la pluie et ne franchis pas la barrière à la nage. Fais ça, et le requin sera le dernier de tes soucis mauriciens.

Petit bonus pratique pendant que tu prépares le voyage : si tu es Français ou ressortissant de l'UE, tu entres à Maurice sans visa, pour un séjour pouvant aller jusqu'à six mois (180 jours) par année civile, en atterrissant à l'aéroport de Plaisance (code MRU). De quoi profiter du lagon très, très longtemps. Maintenant tu peux ranger la peur du requin dans le même tiroir que le monstre du placard : validé, on n'en parle plus.

À lire aussi dans le carnet