Lieux & destinations

L'île Rodrigues depuis Maurice : la petite sœur qui a gardé son âme

À 580 km au large de Maurice, il y a un caillou où le tourisme de masse n'est jamais arrivé. Rodrigues, c'est Maurice il y a cinquante ans. Voilà pourquoi tu devrais y aller, et comment.

L’habitant-passeur
L'île Rodrigues depuis Maurice : la petite sœur qui a gardé son âme

Il y a Maurice, l'île que tu connais, avec ses hôtels alignés et ses lagons pris d'assaut. Et puis, plein est, à 580 km au large, il y a Rodrigues (source : Tropicalement Vôtre). La petite sœur. Celle dont on parle peu, où l'avion se pose sur une piste face à l'océan, et où tu comprends en trois heures ce que Maurice a perdu depuis cinquante ans. Je vais te le dire franchement : si tu ne devais faire qu'une seule excursion nature depuis Maurice, c'est celle-là. Pas une cascade à selfies, pas un ponton avec buffet. Une vraie île, avec de vraies gens et un lagon qui te met une claque.

Où elle se situe, cette petite sœur

Rodrigues fait partie de l'archipel des Mascareignes, comme Maurice et la Réunion. Si tu veux visualiser où tout ça se trouve dans l'océan Indien, va jeter un œil à ma carte de Maurice et la Réunion, et remonte encore vers le nord-est : c'est là qu'est Rodrigues, seule au milieu de rien. C'est un caillou volcanique minuscule, à peine plus de 100 km², 18 km de long sur 8 de large (source : Tropicalement Vôtre). Environ 38 000 habitants (source : ile-rodrigues.fr), presque tous créoles rodriguais, un séga tambour classé au patrimoine immatériel de l'UNESCO, et une lenteur qui te désintoxique de Grand-Baie en une journée.

Administrativement, Rodrigues dépend de Maurice, même monnaie (la roupie mauricienne), mêmes formalités. Si tu es déjà entré à Maurice, pas de nouveau visa, pas de paperasse : c'est un vol intérieur. Pour comprendre où se pose Maurice dans le monde avant de pousser jusqu'ici, j'ai fait un guide sur où se situe l'île Maurice.

Comment y aller : le vol depuis Maurice

Le plus simple, et de loin, c'est l'avion. Air Mauritius relie Maurice à Rodrigues tous les jours, avec deux à cinq vols selon la période (source : ile-rodrigues.fr). Le trajet dure environ 90 minutes (source : Tropicalement Vôtre), sur des petits appareils à hélices qui décollent de l'aéroport de Plaisance. Réserve tôt : les places partent vite, surtout en haute saison, et les tarifs grimpent quand l'avion se remplit. C'est un vol court mais pas donné, ne compte pas dessus comme sur un bus.

Il y a une alternative pour les durs à cuire : le bateau. Le Mauritius Trochetia et le Mauritius Pride desservent l'île, mais la traversée dure entre 36 et 48 heures selon l'état de la mer (source : ile-rodrigues.fr). Deux jours de roulis pour économiser quelques roupies : à toi de voir, mais moi je préfère mes 90 minutes d'hélices. Si tu prépares ton voyage depuis l'Europe, saute d'abord sur mon guide du vol Paris - île Maurice, et ajoute Rodrigues comme extension une fois sur place. C'est comme ça qu'il faut le penser : Maurice d'abord, Rodrigues en bouquet final.

Pourquoi c'est le Maurice d'il y a cinquante ans

Là où Maurice a bétonné son littoral, Rodrigues est restée un petit coin caché de l'océan Indien, préservé du tourisme de masse (source : Tropicalement Vôtre). Pas de complexes hôteliers impersonnels, pas de restaurants gastronomiques hors-sol. Des chambres d'hôtes, des tables d'hôtes, du poisson pêché le matin. Tu marches sur les collines, tu croises des vaches, des femmes qui rentrent du lagon avec leur pêche, et au marché de Port Mathurin le samedi matin (la capitale fait à peine 6 000 âmes) tu trouves les piments, les miels et les paniers tressés qui font la réputation de l'île.

Et puis il y a le lagon. C'est là que Rodrigues t'assomme : son lagon corallien couvre environ 200 km², soit près du double de la superficie de l'île elle-même (source : plongez.fr / routard). Une immense étendue turquoise peu profonde, ceinturée de récif, où l'eau reste tiède et claire. Si tu es un chasseur de sable blanc, mets aussi mes plus belles plages de l'île Maurice dans ta besace : Rodrigues joue dans la même cour, en plus sauvage. Trou d'Argent, cachée entre deux falaises, est régulièrement citée parmi les plages les mieux préservées du monde (source : Tropicalement Vôtre). Tu y arrives à pied, et il n'y a personne.

Tortues, ourite, île aux Cocos : l'excursion nature ultime

Le clou, c'est la réserve François Leguat, au sud-ouest de l'île. Ouverte en 2007 pour recréer l'écosystème d'origine, elle abrite plus d'un millier de tortues géantes en quasi-liberté (source : Tropicalement Vôtre), des espèces Aldabra et étoilée réintroduites pour remplacer les tortues de Rodrigues exterminées au XVIIIe siècle par les marins. Certaines dépassent le siècle. C'est un choc : tu marches au milieu d'elles, dans un paysage de neuf grottes calcaires, avec une volière à chauves-souris et un petit musée. La réserve ouvre tous les jours de 9h à 17h, mais les visites guidées n'ont lieu que quatre fois par jour, à 9h30, 10h30, 13h30 et 14h30 (source : ile-rodrigues.fr) : cale-toi sur un de ces créneaux et compte au moins 1h30 à 2h sur place. Si les tortues te fascinent, je t'en ai touché deux mots aussi dans mon guide sur la tortue à l'île Maurice.

Côté mer, deux incontournables. L'île aux Cocos, îlot au nord-ouest du lagon, est un vrai sanctuaire d'oiseaux marins (source : Tropicalement Vôtre) : sternes et fous par milliers, à visiter en excursion encadrée. Et l'ourite, le poulpe en créole rodriguais, pêchée à pied dans le lagon, traditionnellement par les femmes (source : ile-mauricetourisme.info). Tu la mangeras en salade, en rougaille ou en curry, et ce sera l'un des meilleurs repas de ton voyage. Attention au calendrier : la pêche à l'ourite est fermée de mi-août à mi-octobre pour laisser le lagon respirer (source : recherche web). Ça ne t'empêche pas d'en manger de la congelée, mais la fraîche du jour, c'est autre chose.

Combien de temps rester : mon conseil d'habitant

Ne fais pas l'erreur de venir à la journée. On te vendra des packages express, ne les écoute pas : le temps de poser l'avion et de reprendre le suivant, tu n'auras rien vu. Compte trois nuits minimum, quatre ou cinq si tu peux. Il te faut une journée pour la réserve François Leguat et le sud, une pour l'île aux Cocos, une pour randonner (le mont Limon, point culminant à 393 mètres, se grimpe en une demi-heure) et traîner à Port Mathurin, et au moins une pour ne rien faire du tout, ce qui est le vrai luxe ici.

La bonne période, c'est de mai à octobre : temps sec, températures entre 16 et 27°C, hors saison cyclonique de novembre à avril (source : ile-rodrigues.fr). Prévois une petite laine le soir, l'hiver austral pique un peu sur les hauteurs. Loue un petit véhicule ou un scooter : les distances sont courtes mais les taxis, rares, te ruineraient vite.

Ce qu'on te survend, et ce qui est vrai

Honnêtement ? Si tu cherches la vie nocturne, le spa cinq étoiles et le room-service à minuit, reste à Maurice, tu seras déçu à Rodrigues. Ici tout ferme tôt, les routes sont bosselées, et le confort est simple. Ce n'est pas une carte postale lissée, c'est une île qui vit à son rythme. Mais si tu veux voir à quoi ressemblait l'océan Indien avant les resorts, marcher sur une plage vide, manger l'ourite du matin et regarder des tortues centenaires te dévisager sans se presser, alors tu ne trouveras pas mieux dans tout Maurice. C'est la petite sœur, oui, mais c'est elle qui a gardé l'âme. Prends tes 90 minutes d'avion et va voir par toi-même.